Le jour de notre prochain grand départ approche ! Et nous poursuivons l’itinéraire commencé en 2021 avec Kalmthout (BE) – Cuxhaven (DE), puis en 2022 Cuxhaven – Grenå (DK), en 2023 Grenå – København (DK) : cette fois, ce sera Fredericia (DK) – Rostock (D).
Les années précédentes, on a donc (en gros) longé la Mer du Nord, puis on a fait tout le tour du Jutland (la partie continentale du Danemark, qui monte vers le Nord), puis on a traversé le Danemark par les îles jusqu’à København (Copenhague), et cette année, on reprend notre périple à Fredericia.
Pourquoi partir de Fredericia, et pas de notre point d’arrêt précédent, c’est-à-dire København ? D’abord et principalement parce qu’on ne souhaitait pas poursuivre notre périple vers la Suède. Ensuite parce que Fredericia est l’endroit où nous avons quitté le continent l’an dernier pour nous lancer à la conquête des îles danoises, vers l’Est et København donc. Enfin, point non négligeable, parce que Fredericia n’est pas trop difficile d’accès en train.
Bon, « pas trop difficile », faut le dire vite : rejoindre Fredericia, au départ de Bruxelles, nous prendra quand même deux jours de train – avec escale à Brême chez nos amis Ingo et Ulrike. Deux jours de trains, au pluriel, puisqu’en tout, on prendra 7 trains !
Autrement dit, on part le lundi 15 juillet, on arrive à Fredericia le mardi 16, et les choses sérieuses commencent le mercredi 17, où on commence à vraiment pédaler, direction plein Sud, puis plein Est, le long de la mer Baltique, jusqu’à Rostock. Mais je sens bien que là, une petite carte serait utile (voir même deux) !
Notre trajet de cet été…et une idée générale du concept dans lequel il s’inscrit !
En gros, le trajet fait 800 km. Et pour nous suivre, c’est évidemment ici que ça se passera !
Voilà, nous sommes arrivés à la fin de ce voyage. Dans le train entre Copenhague et Hambourg, il est temps de mettre un point final à ce récit.
Partis de Bruxelles le 31 juillet en train, nous avons mis trois jours à arriver à notre point de départ, Grenå, situé sur la côte est de la région du Jutland du Nord. Nous avons commencé à pédaler « vraiment » le 3 août, et notre tour a duré dix jours, au cours desquels nous avons parcouru 659 km (717,7 km en comptant les petits suppléments, c’est-à-dire les trajets cyclistes autres que ceux reliant un logement à un autre, par exemple pour aller manger le soir) jusqu’à Copenhague. Notre itinéraire fut à nouveau bien valloné, puisqu’en tout, nous avons eu 2710 mètres de dénivelés, sans pourtant jamais dépasser les 90 m d’altitude ! C’est plus que l’an dernier, où, de Cuxhaven à Grenå, en trois semaines et 1321 kilomètres, nous n’avions eu « que » 2480 mètres de dénivelé. Comme quoi, le Danemark est peut-être un pays plat, mais c’est quand même un pays fameusement valloné !
Le temps n’a pas toujours été de la partie, puisque nous avons essuyé des trombes d’eau le premier jour, la tempête Hans un peu plus tard, et de manière générale un temps plutôt frisquet (pas la moindre baignade cette année, c’est dire !), mais pour rouler, la température était finalement assez idéale.
Nous avons traversé plusieurs régions et îles : après le Jutland du Nord, puis central, nous avons franchi le Petit Belt pour arriver sur l’île de Fyn, où se trouve la ville d’Odense. Ensuite, nous avons traversé la petite île de Tåsinge pour arriver à celle de Langeland, que nous avons quittée en franchissant le Langelands belt (quittant ainsi la région du Syddanmark), en ferry cette fois, pour arriver à l’île de Lolland, puis à celle de Falster, puis enfin à celle de Sjælland, au nord-est de laquelle se trouve Copenhague. Six îles au total donc, et quatre régions, puisque Copenhague, bien que se trouvant sur l’île de Sjælland, constitue une région à part entière : Hovedstaden (c’est-à-dire la capitale).
Merci Wikipédia !
Concernant notre itinéraire, nous avions choisi de concocter le nôtre en compilant plusieurs itinéraires régionaux ou nationaux, voire internationaux (les eurovélos). Le balisage n’était pas toujours au top, il faut le dire : souvent, les Danois semblent pratiquer la co-construction des savoirs chère aux psychopédagogues modernes : le cycliste est clairement acteur de son apprentissage, pas question qu’il se laisse mener par le bout du nez par des flèches qu’il n’aurait qu’à suivre ! Non, à lui de trouver la bonne direction à prendre, puis un petit panneau lui confirmera (le cas échéant) qu’il a fait le bon choix. Et s’il s’est trompé, ben tant pis pour lui : il finira bien par s’en rendre compte tout seul.
Bref, mieux vaut utiliser un programme de navigation sur lequel on a préalablement enregistré son itinéraire !
Le balisage est toutefois nettement meilleur à l’approche et dans les villes, tout comme le revêtement d’ailleurs. Dans les campagnes (qui constituent quand même l’immense majorité du Danemark), certains tronçons pourtant prétendûment « nationaux » sont franchement impraticables avec un vélo classique, sans même parler de vélos de randonnée lourdement chargés, comme les nôtres.
Le Danemark en quelques mots-clés :
Boites-aux lettres : nombreuses sont celles où figurent des silhouettes figurant les habitants : parfois un papa, une maman et leurs enfants, parfois un couple de petits vieux, le tout parfois agrémenté des prénoms de ceux-ci.
Églises : de brique, souvent peintes en blanc ou en ocre, elles se découpent très visiblement dans le paysage, avec leur tour au sommet crénelé. Souvent, on n’en voit d’abord que la tour, et on s’attend donc à un bâtiment de taille assez modeste, avant de découvrir en s’approchant qu’en réalité, la nef est très grande. Mention spéciale, évidemment, pour la présence généralisée de toilettes publiques dans un bâtiment annexe à l’église. Et en plus, elles sont remarquablement propres (les toilettes, pas les églises), spacieuses et munies d’un lavabo.
Drapeaux : les drapeaux danois sont très présents dans le paysage, que ce soit aux façades des maisons ou ailleurs.
Cailloux peints : on en a moins vu que l’an dernier dans le Jutland, mais tout de même, les Danois semblent considérer la peinture sur cailloux comme une activité digne d’intérêt, non seulement pour soi-même (après tout, chacun fait ce qu’il veut de ses dimanches pluvieux), mais aussi pour autrui, puisque certains proposent leurs réalisations à la vente devant leur maison. Plus généralement d’ailleurs, ce qu’on appellerait chez nous des vide-grenier abonde, sous la forme de « loppe marked ».
Chevaux : clairement l’animal qu’on a vu le plus fréquemment au cours de ce voyage. Peu de moutons ou de vaches, mais beaucoup de prés dans lesquels paissent une dizaine de chevaux ou plus, parfois des poneys aussi. On a vu pas mal de guêpes aussi, parfois franchement agressives, mais je ne suis pas sûre que ce soit une caractéristique danoise…
Gentillesse : notre impression de l’an dernier se confirme, les Danois sont généralement très gentils. Ils ne trouveront pas le moindre prétexte pour vous aborder et entamer avec vous une conversation (contrairement aux Allemands), mais s’ils ont l’impression que vous avez besoin d’aide, viendront vers vous spontanément proposer la leur.
Plages et villages : il n’y a pas vraiment de cité balnéaire, en tout cas parmi les régions que nous avons traversées : manifestement, on va à la plage (en peignoir par exemple), on s’y baigne, on y reste si le temps le permet, mais on n’y installe pas toute une ville, avec ses commerces, son horéca et ses loueurs de cuistax… A front de mer, s’il y a des constructions, ce sont des villas privées, mais la ville ou le village proprement dit se trouve plus loin, à quelques kilomètres, à l’intérieur des terres.
Espace : c’est peut-être ce qui frappe le plus au Danemark. Que ce soit à la campagne ou en ville, il y a de la place, beaucoup de place, ce qui fait qu’on ne se sent jamais oppressé par le monde, la foule, etc. Sauf peut-être à Copenhague, qui, il faut le dire, concentre à elle seule à peu près le tiers de la population de l’ensemble du pays, et où nous sommes arrivés de surcroit le jour du lancement de la Pride !
Gastronomie : clairement pas la priorité des Danois… Ce n’est pas qu’on mange mal, mais la nourriture est simple et on ne fait pas de chichi : le restaurant a une fonction nutritive avant tout, et si on est végétarien, mieux vaut, plus encore qu’ailleurs, ne pas être trop difficile. Mais si on mange volontiers un burger végétarien par jour, on peut y vivre très heureux pendant de longues années !
Et maintenant ?
Nous avons passé deux nuits à Copenhague. Hier, nous sommes d’abord allés à Malmö (Suède) en train : nous avions évidemment vu la série Bron/Broen, été séduits par les personnages de Saga Norén, de la police criminelle de Malmö, et de Martin Rohde, policier danois, enquêtant ensemble sur des crimes commis aux alentours du pont de l’Øresund, reliant les deux villes. J’aurais beaucoup aimé emprunter ce pont à vélo (fût-ce en mettant nos vélos dans le train), mais Philipp s’est démis le dos le matin, et on a donc fait soft !
Malmö m’a semblé plus paisible que Copenhague, même si nous sommes arrivés en plein festival. Il faut dire qu’elle ne compte que 350 000 habitants environ, soit moitié moins que Copenhague.
Ensuite, nous sommes rentrés à Copenhague, et pendant que Philipp se reposait, je suis allée faire un petit tour à vélo dans la ville, histoire de voir le Nyhavn et Christiania, deux quartiers très différents mais qui m’avaient semblé valoir le détour.
Le quartier de Nyhavn
Nyhavn est ravissant, mais épouvantablement touristique, c’est la Petite rue des Bouchers, avec le canal en plus. Je n’ai donc fait que le traverser en poussant mon vélo, puis ai mis le cap sur Christiania, un ancien quartier militaire qui, une fois désaffecté, a été squatté par des hippies qui l’ont déclaré ville libre autogérée. Fondée en 1971, Christiania a subsisté ainsi jusqu’en 2013, avant que le gouvernement danois ne mette fin à l’expérience en imposant à Christiania les mêmes lois qu’à l’ensemble du territoire danois. Aujourd’hui, le quartier existe toujours, est inaccessible en voiture et m’a paru d’ambiance très bon enfant. L’histoire de Christiania vaut le détour, pour ceux que ça intéresse, en tant qu’expérience sociale.
Le soir, nous sommes allés manger dans un restaurant italien, L’Appetito, et au retour nous avons fait un petit détour vers le Planétarium et la chaine d’étangs qui le jouxte.
Ensuite dodo, car notre train pour Hambourg partait à 5h26 du matin ! Là, nous retrouverons Bernhard pour le repas de midi. Ensuite, nous passerons le reste de la journée à Hambourg, que nous quitterons demain matin pour Bruxelles.
Et après ?
Comme chaque fois, la question se pose : et après ? Que ferons-nous l’an prochain ?
Pas de projet bien défini encore, mais Philipp se verrait bien « terminer le Danemark », par exemple en reprenant à Fredericia mais en poursuivant cette fois notre voyage le long de la Baltique, vers Kiel, Lübeck ou même Rostock (tout dépendra bien sûr du temps dont nous disposons). Revenir au Danemark aurait l’avantage de nous permettre de mesurer nos progrès en danois d’ici un an, puisque nous avons tous les deux commencé à l’apprendre assidûment au cours de ce voyage !
Eh bien voilà, on l’a fait… Nous sommes à København (Copenhague), le point final de notre voyage ! Avec des sentiments mélangés : satisfaction de l’avoir fait, bien sûr, mais aussi un sentiment de trop peu, quelque chose de l’ordre du « Quoi, déjà ?! ». Finis les levers chaque matin avec en tête l’itinéraire du jour, les spéculations sur la météo, le vent, le temps qu’on mettra à arriver, …
Bref, on y est. Partis à 8h40 sous le soleil après avoir dormi profondément et quasi sacrifié le petit-déjeuner (que l’hôtel ne fournit plus. On s’est donc contentés de café et de deux misérables tranches de cake au chocolat pour moi), on a longtemps suivi l’itinéraire 9 – et de temps en temps d’Eurovélo 10 – sur d’agréables routes de campagne.
Il n’était pas 9h qu’on apercevait deux biches dans un champ !
Ensuite, ce furent les grands classiques : un moulin à gauche, une église à droite…
On a bien tenté d’esquisser une théorie sur la couleur des églises, mais on a dû se résoudre à l’évidence : non, les églises blanches ne sont pas une spécificité du Jutland, il y en a aussi ici, en Sjælland, même si on peut y admirer également des églises de brique rouge ou de ce magnifique jaune ocre.
Notre itinéraire du jour était censé longer la mer. Pourtant, on l’a attendue longtemps, cette satanée mer ! La route ne cessait de faire des lacets, de monter et de descendre, à chaque tournant et à chaque sommet on se disait « Ah ! On va voir la mer ! », mais non : il a fallu qu’on attende d’avoir fait 27 km pour qu’enfin, on la touche quasi du doigt… et encore, parce que de guerre lasse, on a finalement emprunté un petit chemin qui nous y menait.
Il faut dire que si la route longeait en effet la mer, il y avait des maisons des deux côtés, et que la plupart des chemins permettant d’accéder à la plage étaient des chemins privés. Heureux ces habitants qui ont la plage dans leur jardin !
Notre petite pause « plage » fut l’occasion d’observer un couple (ou une paire ? J’ignore quels liens unissaient ces deux-là) d’écureuils jouettes qui se poursuivaient de branche en branche et d’arbre en arbre, et dont je découvris la présent grâce à leurs petits cris.
Vous saviez, vous, que les écureuils criaient ?
Après 40 kilomètres, nous sommes arrivés en vue de København. Le vent avait curieusement tourné (et on l’avait donc bien de face, mais heureusement pas trop fort), mais malgré ce petit bémol, la dernière partie du trajet fut un enchantement : une magnifique piste cyclable traversant une enfilade de lacs, jusqu’à (il fallait bien un petit défaut à cet itinéraire absolument parfait) un grand pont, puis à nouveau une piste longeant un plan d’eau, et ce jusqu’au centre, où nous n’avions pas assez d’yeux pour admirer toutes les audaces architecturales qui nous entouraient.
Au loin, København !La vue du pont !
À 12h25, nous étions devant notre hôtel, où nous avons déposé vélos et bagages avant de partir manger à l’A propos.
Puis, une fois le check-in et l’installation dans notre chambre faits (80 mètres de couloirs pour arriver à notre chambre, qui dit mieux ?), nous sommes repartis à la découverte de la ville. Un peu de shopping au Fisketorvet (un centre commercial) puis une flânerie qui nous a menés vers la place où se tenait manifestement l’ouverture de la Pride (qui commence aujourd’hui et dure jusqu’au 20 août), un marché d’artisans où une averse nous a saisis, la brasserie Europa (pour l’apéro), et enfin le restaurant Mama Rosa (pour une pizza). Ensuite, c’est sous une pluie battante que nous sommes rentrés précipitamment à l’hôtel, en passant devant un appel à la prière, à quelques pas du concert de la Pride !
Si notre première impression de København était enthousiaste, notre deuxième est plus mitigée : cette fois, on a bien affaire à une grande ville, une vraie. Alors certes, il y a des quartiers magnifiques, mais ça reste une ville, un peu trop trépidante pour les cyclistes amateurs de calme et de grands espaces que nous avons été pendant dix jours…
Mon coup de foudre reste Aarhus, mais qui sait, peut-être changerais-je d’avis demain ?
Voici déjà venu l’avant-dernier jour de notre périple cycliste !
Le petit-déjeuner avalé, petite vaisselle faite, on dit adieu à notre immense appartement et on se met en route. On n’a pas fait un kilomètre qu’on est déjà en pleine nature, le long d’une route qui longe la côte en s’en éloignant et s’en rapprochant. On voit des vaches sur la plage, c’est toujours un spectacle spécial !
Une heure après notre départ, on fait un premier petit arrêt au bord de la Baltique. Il n’y a pas grand monde à la plage à cette heure matinale, seules deux dames arrivent pour se baigner. On a déjà pu observer à plusieurs reprises l’habitude des gens, ici, d’aller à la plage le matin et en peignoir – et par 15°. Arrivés à la plage, ils n’ont qu’à tomber le peignoir et entrer dans l’eau !
Peu avant 11h, on arrive à Rødvig, et on fait les quelques dizaines de mètres qui nous permettent d’être à nouveau tout au bord de la mer. À gauche, on voit clairement d’énormes falaises, les Stevns Klint, longues de près de 15 km, et donc Wikipédia nous apprend qu’elles sont d’une importance géologique particulière « car c’est l’une des limites Crétacé-Tertiaire (limite K-T) les mieux exposées au monde. C’est également un témoignage de l’impact de « la chute de la météorite de Chicxulub » vraisemblablement à l’origine de l’extinction Crétacé-Tertiaire. »
Bon, j’ai pas tout compris, mais ça a l’air assez exceptionnel…
Un peu plus loin, on aperçoit le phare (le fyr) de Stevns, Stevns étant le nom de la péninsule que l’on est en train de longer.
Il commence à y avoir pas mal de cyclotouristes, alors que jusqu’ici on n’en a croisé que rarement. Et en plus, ceux-ci parlent fréquemment une autre langue que le danois, ce qui est aussi assez neuf. Ainsi, à l’église de Holtug, où nous nous arrêtons pour pique-niquer (on a fait 53 km, il y a une pelouse magnifique, deux bancs de pique-nique et l’incontournable toilette, que demander de plus ?), trois cyclotouristes français ont pris d’assaut l’autre banc. On échange quelques mots, ils sont partis de Rostock vers la Suède, puis redescendus vers le Danemark, et retournent vers Rostock. S’ils me lisent (on ne sait jamais), qu’ils n’hésitent pas à me dire comment sont les routes en Suède : on a oublié de demander !
Le temps est très bizarre, gris avec un ciel plombé, souvent menaçant, et on s’attend à tout moment à subir une averse, mais non : pas une goutte ! A l’approche de Køge, on troque la route asphaltée pour une jolie piste cyclable (les Danois semblent soigner les alentours des villes, pour les cyclistes), puis ça monte assez bien avant de redescendre vers la mer en passant par le château de Vallø et un magnifique bois.
Ensuite, on longe la mer jusqu’à Køge, et on arrive à notre hôtel du jour, le Centrahotellet, à 14h tapantes ! Il est bien situé, très central, et notre chambre, jolie et spacieuse, est au 2è étage, avec un petit balcon.
Comme d’habitude, on profite de la fin de journée pour découvrir un peu la ville dans laquelle nous logeons. Køge est très jolie, avec quelques rues commerçantes, de vieilles maisons à colombages, des passages qui permettent de découvrir des quartiers insoupçonnés, et puis un port flanqué de quelques restaurants. Et c’est sur l’un deux que nous arrêtons notre choix : un italien, le Limone, où nous mangeons fort bien !
Bon, c’était encore une journée à ponts, mais on est arrivés rapido-presto à Præstø quand même !
Pourtant, on s’est un peu laissés aller, ce matin, en ouvrant un oeil à 7h ! Dire qu’on avait refusé le petit-déjeuner du B&B, car il était servi vers 8h-8h30, beaucoup trop tard pour nous… Ils ont dû rigoler en nous voyant partir à 8h45, nos hôtes !
Vent dans le dos, terrain globalement plat, ça roulait bien, on était donc en une heure au premier pont de la journée, un petit pont de rien du tout qu’on a franchi en un clin d’oeil avant de s’arrêter une première fois quelques kilomètres plus loin, à 10h, à Vester Kippinge pour une petite collation. L’endroit ne se prêtant pas vraiment aux pipis, on a fait un deuxième arrêt trois kilomètres plus loin, devant la splendide église de Vålse. Le soleil était au rendez-vous, en plus !
Après 35 km, on a vu au loin LE pont de la journée, le pont du Storstrøm, qui mène à Vordingborg. Il date de 1937, et ça se voit un peu. D’ailleurs, ils en construisent un nouveau, qui sera mis en service en 2025. Le pont du Storstrøm permet la traversée du détroit du même nom, et relie l’ile de Falster à celle de Sjælland (ben oui, la Zélande danoise !), et il fait 3199 m de long. Il permet le passage des voitures, des cyclistes, et même des trains, tout en étant interdit aux plus de 10 tonnes.
Euh… ça fait moins de 10 tonnes, un train ?
C’est dans cet état d’esprit – disons : circonspect – que nous avons franchi vaillamment ce vieux pont, avec un certain soulagement en arrivant sur la terre ferme. Mais cette fois, je n’ai pas mis pied à terre ! (Il faut dire que le vent était nettement moins fort et que les cyclistes étaient mieux séparés des voitures que sur les ponts d’avant-hier ).
L’arrivée à Vordingborg, ce fut d’abord le chantier du nouveau pont à longer, puis une zone industrielle, avant d’arriver au port, charmant et surtout pourvu d’endroits où manger ! Je n’ose pas appeler ça des restaurants, certes, plutôt des cabanons où on sert du poisson, des frites et de la bière, mais enfin je n’en demandais pas plus : pour une fois qu’on n’avait pas de pique-nique, j’avais parié sur la possibilité de s’arrêter pour manger, et j’ai gagné !
On jette donc notre dévolu sur le Marina Fisk – car oui oui, on avait même le choix ! Une assiette de frites à se partager, deux bières, et hop, on repart pour les même pas 20 km qu’il nous reste jusqu’à Præstø.
La mauvaise nouvelle, c’est qu’on commence à sentir qu’on approche de Copenhague, que les panneaux routiers indiquent à une centaine de kilomètres à peine. Eh oui, après-demain, on y sera !
La bonne nouvelle, c’est que ces derniers kilomètres jusqu’à Præstø étaient vraiment très chouettes : on a renoué avec plaisir avec les routes vallonnées, d’abord grimpant, puis redescendant vers Præstø à belle allure. Et à 13h35, on arrivait à notre logement du jour, « Sleep & Coffee Apartments ».
Et alors là, la surprise ! En fait, on loge dans un appartement qui peut loger 7 personnes, l’espace est énorme, on a trois chambres, une cuisine, un grand salon salle-à-manger… On a longuement hésité sur la chambre dans laquelle on allait dormir, on s’est un peu perdus dans notre appartement, j’ai proposé à Philipp qu’on s’envoie un sms si d’aventure on se perdait encore, et il m’a répondu qu’il n’entendait pas ce que je disais…
Vraiment, c’est une adresse à retenir, si une famille veut passer quelques jours dans la région !
Une fois installés, on part à la découverte de Præstø, en direction du port et du fjord. C’est vraiment une très jolie petite ville, très tranquille, comme toutes les villes ici, mais avec un petit quelque chose de spécial… On repère rapidement le café Mocca, mais on fait encore un petit tour, on prend un verre à la terrasse du restaurant Kaktus, puis on se décide vraiment pour le Mocca, où on mange un chicken burger végétarien (Philipp) et un bygotto (impossible de savoir ce que c’est exactement, mais c’est clairement un genre de risotto), avant de rentrer en passant au Netto faire nos courses pour demain matin et midi.
En ce septième jour de vélo sur les routes danoises, on découvre enfin un Danemark relativement plat ! J’entends déjà les railleurs ricaner, goguenards, que le plus haut sommet du Danemark, hors Groenland et Îles Féroé, culmine à 170 mètres. D’accord, c’est pas l’Everest. Mais je signale quand même que grimper une fois mille mètres ou dix fois cent mètres, ou même cent fois dix mètres, c’est du pareil au même. Non mais !
En route !
Cette mise au point faite, revenons à cette journée, commencée inhabituellement tard puisque nous ne sommes partis qu’à 8h20 ! En même temps, on avait une bonne raison pour ça : le petit-déjeuner n’était pas servi avant 7h. Et alors qu’on allait partir, un autre cycliste nous a interpelés pour nous demander une clé (pas pour ouvrir une porte, hein : pour réparer un truc sur son vélo). Ça nous a permis de découvrir qu’il y avait d’autres cyclistes à Rudkøbing, alors que jusque là on avait plutôt eu l’impression que les seuls autres touristes étaient un car de pensionnés !
Comme j’avais la clé en question et qu’entre cyclistes, faut s’entraider, je lui ai prêté ma clé, même si on piaffait d’impatience, puisqu’on visait le ferry de 9h15 à l’autre bout de l’île.
Bon, l’autre bout de l’île, dans le sens ouest – est, ça fait à tout casser 10 km, donc pas de panique : on l’a eu, notre ferry, et largement, puisqu’avec le vent dans le dos (merci Hans !), on a roulé jusqu’à l’embarcadère à une moyenne honorable de 20 km/h.
C’était un gros ferry, pouvant accueillir non seulement des vélos, mais aussi des voitures et des camions. Après les 45 minutes de traversée (qu’on a passées à l’intérieur, parce qu’il faisait assez caillant, même sur la terre ferme), on a rejoint nos vélos, un peu saisis par une forte odeur, pas très agréable. C’était un camion de transport d’animaux vivants, en l’occurrence de malheureux cochons, qu’on entendait bouger et grogner à l’intérieur. Pauvres bêtes… En plus, comme on quittait le ferry, un autre camion rempli de cochons attendait pour embarquer. C’était vraiment pas possible de laisser les cochons de Langeland à Langeland, et ceux de Lolland à Lolland ?
Oui, Lolland, c’est le nom de l’île sur laquelle on a donc accosté vers 10h, plus exactement à Tårs. On a suivi l’itinéraire 8, qui nous a fait passer par un fort convenable chemin de terre traversant une forêt et longeant le fjord de Nakskov, on a eu de belles pistes cyclables, de belles routes goudronnées aussi, le tout dans un environnement tantôt champêtre, tantôt boisé, et surtout, relativement plat ! On a vu des chevreuils – ou des daims, ou des biches, des trucs du genre, qui s’enfuient dès qu’ils vous aperçoivent -, on a eu du vent encore, bien sûr, mais un peu moins qu’hier, et des gouttes de pluie, mais pas beaucoup : il faut dire que, malins comme on est, on s’est vite rendus compte que si on allait dans le même sens que le vent et qu’on était sous un gros nuage, on risquait fort d’y rester longtemps. Aux premières gouttes, on a donc sagement attendu quelques minutes, plutôt que d’essayer de dépasser ledit nuage.
Lolland nous a semblé moins proprette que le reste du Danemark traversé cette année : plus de maisons en ruine ou en tout cas mal entretenues, et la ville de Nakskov, qu’on a traversée rapidement, nous a semblé un peu triste, mi-industrielle mi-portuaire, mais sans charme.
Au niveau densité de population, c’est toujours pareil : très peu d’habitations, très peu d’horeca aussi, et pas beaucoup plus de bancs publics ou de tables de pique-nique, mais on commence à avoir l’habitude. Aussi, quand on a vu deux petits bancs à Stokkemarke, on n’a pas hésité et on a sorti notre sandwich. Il était 12h20 et on avait fait 47 km.
C’est toujours vent dans le dos qu’on est repartis pour notre B&B du jour, le Skelstrupgaard, où on est arrivés peu avant 14h et qui s’avère être un endroit adorable, une sorte d’ancien bâtiment de ferme en carré comme il y en a beaucoup par ici, converti en appartements. De la ferme, il reste quelque chose, puisqu’il y a des oies et des poules en liberté. Et on a un charmant appartement avec une petite terrasse.
On prend le temps de s’installer, puis on repart à vélo vers Maribo, car nous logeons en fait à Skelstrup, un village juste à côté, à 3 km. Maribo n’est pas bien grand, mais assez pour qu’il y ait des panneaux touristiques indiquant les principales « attractions », notamment une cathédrale et un lac. C’est donc vers là que nous nous dirigeons. La Maribo Domkirke, une cathédrale luthérienne, est située quasiment au bord du lac Søndersø, un magnifique espace vert aménagé pour les loisirs calmes – c’est précisé sur un petit panneau.
Et justement, le loisir calme, pour Philipp, c’est s’asseoir au bord du lac (il y a là des sièges métalliques pivotants), et pour moi, comme d’habitude, c’est aller voir un peu plus loin, en l’occurrence de l’autre coté du lac, où il y a un restaurant (pas végétarien pour un sou) et une magnifique vue sur la cathédrale.
Après quoi, on est tous les deux d’accord pour dire qu’il commence à faire faim. Et l’offre de restaurants étant assez limitée, on opte pour un burger végétarien au café Victoria. Ce n’est jamais que le quatrième, et c’est aussi le meilleur !
Non, ce n’est pas notre resto du jour, mais je ne savais pas où la placer…
Ensuite, on rentre « à la maison », non sans s’arrêter au Rema 1000, un supermarché où on s’achète de quoi petit-déjeuner demain matin, et aussi une canette de bière à se partager sur notre petite terrasse : ce soir, c’est fête !
Eh ben voilà, on a survécu à ce foutu vent d’Ouest, qui soufflait quand même à 40 km/h ! Mais que d’émotions…
Vous connaissez la différence entre des vacances et un voyage ?
En vacances, on roupille, on est peinards, on récupère des fatigues de l’année. En voyage, on s’éveille à 5h du matin, on tente de se rendormir un peu, mais finalement on se lève, car on sait qu’on a une longue route devant nous, alors si on est éveillés, autant en profiter…
On a donc pris notre petit-déjeuner au sous-sol, dans la cuisine commune du B&B (où on était évidemment les seuls à 6h du matin), préparé nos sandwiches (spartiates : des petits pains + du gouda dedans), fait notre petite vaisselle, notre leçon de danois (éh oui !) et peu après 7h30, on s’est mis en route, par un vent épouvantable mais un grand ciel bleu.
On a quitté Odense par une piste cyclable jonchée de branches et de feuilles, et après 11 km on a fait un premier arrêt église, à celle de Højby. Après 24 km, on a fait un deuxième arrêt près d’un troupeau d’oies qui nous observaient d’un oeil torve, on passe près du magnifique château d’Egeskov, du moulin de Søby, et après 41 km, un troisième arrêt à l’église de Stenstrup. Et il n’était encore que 10h30 !
On dira ce qu’on voudra, mais se lever tôt, ça a quand même des avantages, dont celui non négligeable de pouvoir se dire à 10h30 qu’on a déjà fait la moitié de notre trajet du jour !
Après notre voyage de l’an dernier, on voulait à tout prix éviter les trop longues étapes, qui vous font arriver à votre logement tellement tard qu’il n’est plus possible de faire autre chose que prendre une douche et aller manger, avant de s’écrouler, crevés.
Or, en préparant ce voyage-ci, on a été confrontés à la même difficulté : c’est bien beau de se dire que l’idéal, c’est 60 km sur une journée, pas plus… mais s’il n’y a rien pour loger, on fait quoi ?
Bon, cette année, on n’a pas encore eu de crevaison, ni de vent de face tout le temps, et on a sans doute appris de nos erreurs en partant plus tôt et en prévoyant un pique-nique.
Mais revenons à nos pauses… Outre l’inévitable pause pipi-WC d’église, il s’est essentiellement agi d’enlever une couche, de remettre une couche, d’enlever une couche, etc. Car la route était comme d’habitude, sinueuse et vallonée à souhait, avec de belles éclaircies et de gros passages nuageux, donc forcément on a chaud, puis un peu froid, puis à nouveau trop chaud, etc.
Avec tout ça, on est arrivés à Egebjerg, qui comme son nom l’indique, est une colline, d’où on aperçoit la mer. Et ça, ça valait bien un petit arrêt, juste pour une photo…
Quelques kilomètres plus loin, voilà que soudain, après une belle descente bien sinueuse, nous voilà au bord de la mer ! On s’extasie, il y a des vagues, une petite barque et une majestueuse propriété toute blanche, et puis on se rend compte que ce n’est pas du tout la mer, mais un petit lac, qui porte le charmant nom de Hvidkilde Sø.
Pour la mer il faudra attendre Svendborg ! Mais avant Svendborg, on essuie notre première averse de la journée. Elle sera suivie de quelques autres, chaque fois un peu perturbantes car le vent souffle tellement fort qu’en général, le ciel est tout bleu au-dessus de nos têtes, la pluie venant d’un nuage situé bien plus à l’Ouest.
À midi, on est à Svendborg, on a fait 60 km, on n’est pas peu fiers de nous et on s’offre une bière, des chips et des olives à la terrasse du Vinsted, sur la Klostersplads. Nos sandwiches ? On les mange un peu plus loin, sur un banc face au port, car le serveur ne pouvait pas nous laisser manger notre nourriture alors que son établissement en servait.
Ensuite, on se remet en route sans traîner, car il semble que le temps se gâte. Et d’ailleurs, il n’y a pas que le temps qui se gâte… Notre itinéraire va en effet nous faire emprunter, pendant la vingtaine de kilomètres qui viennent, deux ponts monumentaux permettant de passer d’une île à l’autre. En effet, Odense est sur l’île de Fyn, d’où nous devons passer sur celle de Tåsinge pour arriver sur celle de Langeland, où nous logeons. Or, ceux qui suivent le savent, je ne suis pas très « ponts », de manière générale, et encore moins par grand vent ! J’essaie donc bravement sur quelques centaines de mètres de franchir le premier, mais c’est trop impressionnant, avec ce vent latéral et cette piste cyclable même pas protégée des voitures ! Au moindre écart dû à une bourrasque, on est sur une bagnole ! C’est donc à pied, poussant nos vélos, que nous franchissons ce premier pont, long de 1220 m. Et du même coup, on quitte l’itinéraire 55, qu’on suivait depuis Odense, pour le 8, celui de la Baltique.
Vue du pont…
L’île de Tåsinge est absolument adorable, et nous y traversons même le château de Voldemort ! Enfin presque, puisqu’il s’agit du Valdemars Slot, un palais en pierre datant du 17è siècle et appartenant à la famille Valdemar. De toute beauté !
Le temps est de plus en plus changeant, on essuie encore des averses, parfois très violentes, où la pluie (glacée) tombe quasiment à l’horizontale, et puis arrive la digue qui doit nous mener à l’île de Langeland.
Je ne le sens pas trop, mais à nouveau, j’essaie bravement : le vent souffle à présent très fort, mais dans notre dos, ce qui me semble tout de même moins effrayant que le vent latéral. et puis une digue, au moins, c’est près du sol (ou de la mer en l’occurrence). Tout se passe donc bien jusqu’à la petite île de Siø, et puis tout se gâte quand je vois soudain se dresser devant moi un énorme pont tout en hauteur: le pont de Langeland, datant de 1960 (c’est pas un peu vieux pour un pont, ça ?) et long de 771m !
Rien à faire, ce sera à pied !
Une fois sur la terre ferme, on n’est plus qu’à quelques centaines de mètres de notre hôtel, où on arrive à 14h40 ! C’est pas beau, ça ?
chez nous, c’es la verte !
On était censés avoir une chambre avec terrasse « vue sur mer », mais en fait notre hôtel, situé au port, est composé d’un ensemble de maisonnettes en bois à un étage, peintes en différentes couleurs pastels, et nous avons bénéficié d’un surclassement : nous avons donc, rien que pour nous, tout le rez-de chaussée, soit un appartement deux chambres (et deux terrasses, mais qui n’ont du coup pas vue sur la mer : elles sont trop bas pour ça).
On ne va pas se plaindre ! On est quand même assez fatigués, car même si on s’en est bien sortis, on a dû beaucoup se concentrer sur la route, et ce en permanence, pour anticiper les bourrasques dues aux changements de direction, aux trouées dans les arbres, aux montées débouchant sur un plateau, etc. Quand je pense qu’il y a quelques jours, on avait choisi de rester autant que possible sur un plateau !
Le soir, on est motivés pour aller se promener un peu avant le repas, mais une grosse averse de grêle, suivie de lourds nuages menaçants, nous en dissuadent. On se replie sur le restaurant de l’hôtel, et ce n’est que là qu’on apprend que la Scandinavie est pour l’instant en proie à la tempête Hans. Ce qu’on a subi aujourd’hui a donc un nom…
Derrière les mâts des bateaux, le fameux pont…
Après le repas, le soleil brille à nouveau, et on en profite pour aller faire un tour dans le centre de Rudkøbing, qui est absolument charmant, et désert.
Journée venteuse, mais reposante après celle d’hier, et qui nous a fait rejoindre la première des îles danoises. On reste dans le Syddanmark (le Danemark du sud, quoi), après avoir commencé notre voyage dans le Midtjylland (le Jutland du milieu, qui est au sud du Nordjylland, mais pas au nord du Sydjylland, qui n’existe pas, en tout cas pas en tant que région, mais bref), mais on a quitté le « continent ».
Ce matin, on se met donc en route peu après 8h30, bien calés par un copieux petit-déjeuner. Le vent souffle fameusement fort, mais heureusement, on l’a globalement dans le dos… sauf évidemment, après 8 km, pour emprunter le pont, qui n’est pas finalement le Nye Lillebæltsbro (le Nouveau pont du Petit Belt) que j’ai photographié hier, mais le vieux Lillebæltsbro : il y a donc un ancien et un nouveau, il n’y a qu’un cheveu sur la tête à Mathieu, et surtout, le Nye Lillebæltsbro est en fait une autoroute, inaccessible aux vélos donc.
Bon, moi je m’en fiche un peu : un pont, c’t’un pont, et j’aime pas les ponts, surtout par grand vent. Et comme en plus, j’ai oublié d’enlever mon KW (il ne fait pas vraiment chaud chaud, ce matin), je dois supporter bravement un vent latéral de 30 km/h qui s’engouffre dans mon KW… Je m’accroche à mon guidon et à l’idée d’arriver le plus vite possible de l’autre côté, et enfin, mes roues regagnent la terre ferme.
En même temps qu’on a franchi le pont, on a quitté l’itinéraire 5, et on suit dorénavant le 6. Celui-ci nous fait passer par de très jolies routes, on longe une sorte de parc naturel où vivent de magnifiques cerfs blancs, et on arrive à un petit port d’où on peut admirer les deux ponts, à gauche l’ancien, à droite le nouveau.
Après un inévitable sentier VTT – c’est moi qui les appelle comme ça, pensez bien : pour les Danois, ça reste un itinéraire cycliste « normal »… -, on arrive à Middelfart, qui a l’air d’être une très jolie petite ville, puis on emprunte la grand route sur une dizaine de kilomètres à vive allure (vent dans le dos toujours), avant de la quitter pour des routes secondaires qui nous font découvrir la région de manière un peu plus agréable : la grand route, c’est bien un temps pour avancer, mais c’est quand même lassant sur 40 km !
L’itinéraire est vraiment chouette : ça monte et ça descend et ça tourne, mais pas trop : juste assez pour foncer dans les descentes et monter les côtes sans avoir l’impression de frôler la crise cardiaque, le tout en traversant des champs, des villages – disons plutôt des hameaux – des bois… Seul le vent est parfois un peu trop fort, quand au gré d’un tournant on se retrouve soudain avec un fort vent latéral ou de face. Mais bon, on va pas se plaindre…
On fait une première pause à l’église d’Asperup après 24 km, un peu après 10h. Décidément, ces toilettes publiques adossées aux églises sont une bénédiction, si je puis dire.
Lorsqu’on s’arrête à midi pour un petit pique-nique, on a parcouru 51 km dans la joie et la bonne humeur. On est au bord d’un lac, et l’endroit serait absolument idéal pour pique-niquer s’il y avait le moindre banc, et surtout s’il ne faisait pas si froid !
On abrège donc ce doux moment et on repart, un peu méfiants quand même car la suite de notre itinéraire nous entraîne à nouveau sur un sentier dans les bois. On décide de quand même tenter le coup, puisqu’il ne nous reste qu’une quinzaine de kilomètres à parcourir, mais on renonce vite car c’est à nouveau un abominable sentier pour VTT.
On rejoint donc une grand route heureusement pas trop éloignée, et on la suit sur quelques kilomètres avant de retenter notre chance en rejoignant l’itinéraire 6 pour les quelques derniers kilomètres qui nous séparent d’Odense. Et on fait bien, car on rejoint alors une magnifique piste cyclable dans les bois, toute droite et toute lisse, à double sens, qui nous mène au centre, où la circulation cycliste est assez dense mais très bien organisée, avec des pistes cyclables comportant un marquage au sol distinct pour ceux qui tournent et pour ceux qui vont tout droit.
On arrive à notre B&B du jour à 13h25. La clé de notre chambre nous attend dans un petit coffret à code, notre chambre est spacieuse, avec une belle terrasse dont je crains qu’on ne profite pas beaucoup…
Une fois rafraichis, nous repartons à pied à la découverte d’Odense – la troisième plus grande ville du Danemark, après Copenhague et Aarhus. S’étant fixé comme but le Munke Mose (un grand parc qui a l’air magnifique), on passe devant la maison de H.C. Andersen, se réfugie dans la brasserie Ubn le temps de laisser passer une grosse averse, emprunte les allées du Munke Mose puis revient vers le centre ville et le château d’Odense.
Après quoi, on s’offre un délicieux repas au Skt. Gertrud café, un établissement qui essaie d’avoir l’air d’une brasserie parisienne, ce qui m’offre la possibilité inestimable de manger autre chose qu’un burger végétarien ou une pizza : un risotto aux asperges vertes !
Ensuite, retour au B&B, non sans être passés au supermarché acheter de quoi manger demain matin et midi.
Les prévisions météo de demain nous inquiètent un peu : il est question de vent de 37 km/h, avec des rafales pouvant aller jusqu’à 90 km/h… et on l’aura latéralement ! enfin, à chaque jour suffit sa peine !
Disons-le tout de suite : ceux qui disent que le Danemark, c’est plat, devraient être obligés de venir pédaler le long de l’itinéraire cyclable (ou prétendument tel) numéro 5.
Je viens donc de vivre la pire journée cycliste de ma vie.
Pourtant, ça commençait bien : à peine levée, j’étais récompensée de mes premiers pas matinaux sur la terrasse par la vue d’un cerf au loin !
Peu après 7h, Nina et Jørgen nous ont servi le petit-déjeuner, et on en a profité pour se préparer des sandwiches pour midi. C’est vraiment un couple charmant, très sympathique, qui nous a d’ailleurs finalement ramené des pizzas hier soir, car le restaurant à smørrebrød avait trop de monde à servir pour pouvoir nous en préparer.
Le chien, Toby, nous a tenu compagnie, on a encore un peu fait la conversation avec l’autre dame qui logeait là, et qui habite Grenå, et on s’est mis en route à 8h30. D’abord à pied pour les 500 premiers mètres, car le Skovlyset’s B&B a comme principal défaut d’être absolument inaccessible à vélo, sauf peut-être en VTT. Et puis, pleins d’enthousiasme, on est montés sur nos vélos pour prendre la route vers Juelsminde. Une route comme les autres, sinueuse et vallonée, qui nous a mené après 8 km à la mer. Mais on n’a fait que l’apercevoir, hélas, avant de repartir de plus belle. On a fini par rejoindre brièvement la mer quelques kilomètres plus loin, et puis on a eu notre première côte atroce. Arrivés tout en haut, alors qu’on espérait une descente en pente douce vers la mer sur une belle route asphaltée, on a dû subir un chemin de graviers épouvantable. Ça descendait, en effet, mais le revêtement était tel qu’il était parfois impossible de rester sur nos vélos. Après deux ou trois kilomètres comme ça, on a donc décidé de faire notre première infidélité au trajet prévu et de rejoindre la grande route et sa piste cyclable – une pure merveille, un lacet de bitume absolument magnifique !
Malheureusement, on a fini par être obligés de la quitter, pour la simple raison que la piste cyclable ne continuait pas. Naïfs comme on est, on s’est dit qu’on pouvait rejoindre la mer, maintenant que les plus grosses côtes avaient l’air d’être derrière nous. (Oui, ça n’a pas l’air très logique, mais le problème est que la côte est tout sauf plate, par ici. Autrement dit, la longer – quand c’est possible – c’est être assurés de monter et de descendre tout le temps).
Alors certes, c’était beau. Mais personne de sensé n’appellerait ça un itinéraire cycliste. En fait, c’est à peine si, par endroits, c’était un itinéraire piéton ! J’imagine qu’il y a des adeptes du VTT qui prennent leur pied sur ce genre de sentier, mais il faudrait enfermer celui qui a eu l’idée de commettre pareil itinéraire balisé sans prévoir un avertissement et, tant qu’il y était, une alternative pour ceux qui préfèrent rester en vie.
Bref, avec tout ça, on n’avançait pas bien vite, devant par moments descendre de vélo et le pousser (ou le retenir, selon la direction de la pente) parfois sur une centaine de mètres. Et donc, quand on s’est enfin arrêtés pour manger, peu après midi, on n’avait fait que 45 km et on était crevés.
Après une petite heure de pause sur une adorable petite plage munie de bancs de pique-nique, on était un peu reboostés, mais pas assez pour ce qui nous attendait…
De fameuses montées, sur route cette fois, avant la descente sur Vejle…
Ensuite, un petit répit, mais pas très long, où on a longé le fjord sur un chemin un peu convenable, puis sur la route, et puis le pire : le Munkebjerg, un sommet – rien que ça ! – avec des pentes de 15%, le genre de truc qui monte et qui tourne tout le temps, sans piste cyclable, ce qui veut dire que pendant que toi tu sues sang et haut en première vitesse (ou quand ça ne va vraiment plus, en poussant ton vélo), des voitures te dépassent d’une manière qui n’a parfois rien de rassurant. L’horreur !
On a fini par arriver en haut, et on a décidé que ça suffisait comme ça, les fjords, les petites plages, les barques, les sentiers de randonnée, ras-le-bol ! On a rejoint la route principale la plus proche, et de là Fredericia, au plus vite. On est arrivés à l’hôtel Gammel Havn peu avant 16h, hôtel qui est juste en face de l’endroit où on a bu un verre l’année passée entre deux trains. Du coup, on a commencé par s’arrêter là évidemment, d’autant que le nom de l’hôtel est écrit en tout grand sur la façade ! Mais non, c’est en face ! Allez comprendre…
Le soir, on fait un petit tour des environs, constate que j’ai le choix entre un burger végétarien, un burger végétarien et un burger végétarien, et on opte donc pour le un burger végétarien du café Vivaldi, à la décoration assez sympa.
Puis, on va faire un dernier petit tour au port avant un gros dodo bien mérité !
Ah oui, on voit déjà de loin le pont qu’on prendra demain pour rejoindre notre étape suivante : Odense !
Bon, disons-le tout de suite, la réponse à la question est « NON ».
Pour ceux qui ont du mal à suivre, NON, ce ne fut pas « assez plat ». Mais c’était une magnifique journée !
Journée qu’on a d’ailleurs commencé tôt : on était sur les starting blocks au petit-déjeuner à 7h (on avait fait une première tentative à 6h45, mais le week-end, c’est 7h), et on s’est empiffrés en prévision de notre longue étape du jour.
Quand on se met en route, il n’est même pas 8h, et le soleil brille, comme hier matin. De plus, il ne devrait pas pleuvoir si on en croit la météo.
On quitte rapidement la ville, déserte à cette heure – et aussi belle quand on la quitte par le Sud que par le Nord ! -, on rejoint la mer, et pendant 8 kilomètres, on a droit à une magnifique piste cyclable qui traverse les bois tout en surplombant la mer. Ça monte et ça descend, évidemment, mais qu’est-ce que c’est beau ! Puis on emprunte une route asphaltée, toujours dans les bois, et puis à nouveau un tronçon sur un chemin de gravier, assez casse-gueule celui-là, mais qui nous amène à une vue magnifique sur une mer d’huile. Il fait désert et silencieux, on n’entend que le bruit des vagues. Waouw !
Comme on a une longue route devant nous, on a décidé de réduire les pauses au strict minimum. Et nos trois petites pauses du matin, on les fait devant une église : la première, après 25 km, à l’église de Saksild; la deuxième, après 40 km, à l’église de Gylling – petit tuyau pour les randonneurs cyclistes qui me lisent : il y a généralement des toilettes publiques dans un bâtiment derrière l’église -, et la troisième à l’église de Søvind, pour remplir nos gourdes au robinet des WC.
À 12h20, on a déjà fait 56 kilomètres, qu’on peut sans hésiter qualifier de vallonés, et on s’offre donc une pause plus longue à Haldrup. Je dis « à Haldrup », mais ça veut dire dans les bois, au milieu de nulle part, avec comme seule trace de civilisation un banc de pique-nique. Autour de nous, à perte de vue, du blé, des coquelicots, des tournesols, des bleuets, des bois, la mer au loin, et dans le ciel de charmants nuages tout blancs – même si on a tout de même essuyé quelques gouttes à Søvind.
Horsens, seule grande ville des alentours, n’est plus qu’à une dizaine de kilomètres. Et le chemin qu’on emprunte pour y arriver est absolument incroyable : une sorte de sentier des douaniers, qui frôle littéralement la mer. Un enchantement !
Horsens a vraiment l’air moche au premier abord, mais il est possible que la vieille ville soit plus belle… On ne vérifie pas, on n’a pas vraiment le temps de rêvasser ! On quitte Horsens par un petit chemin réservé aux piétons et cyclistes, et on s’arrête à notre dernière église du jour après 80 km; c’est l’église de Glud.
Ensuite, ben comme d’habitude, on repart ! On n’est vraiment plus très loin, mais malheureusement, on cafouille un peu sur la fin, et lorsque Philipp me dit « voilà, normalement c’est ici », ce n’est pas du tout l’endroit où on doit être ! Heureusement, il n’est qu’à 4,5 km de là, mais on retient qu’il faut vérifier à quel repère sur Komoot correspond notre logement du jour.
Les derniers kilomètres sont un peu pénibles, et encore plus le dernier, car notre ravissant B&B est situé au bout d’un long chemin – un panneau dit « 500 m », mais à mon avis, ils mentent – de terre et de graviers, qui monte, descend et sinue, au point d’être par moments impraticable pour des cyclotouristes lourdement chargés comme nous : on n’est pas des VTTistes, non mais !
Enfin, il n’est même pas 16h quand on arrive enfin chez nos hôtes, dans une charmante maison qui, comme beaucoup ici, nous transporte immédiatement dans Hänsel et Gretel, la sorcière en moins… Ils nous offrent une bière, on s’installe, tout est bien.
Le seul problème est qu’on est très éloignés de toute civilisation, et qu’il est donc hors de question de ressortir manger. On envisage donc de se commander des pizzas, mais quand on s’informe auprès de nos hôtes, ils nous proposent d’aller nous chercher à manger (des smørrebrød). On accepte, évidemment, soulagés !