Dès potron-minet, le ciel est bien dégagé et le soleil brille. Avant même le petit-déjeuner, on peut donc admirer ce qu’on surnommait hier entre nous le « château d’If » de Rønde, et qui est en fait le château de Kalø : un château en ruines situé sur une presqu’île reliée à la terre par une chaussée de 500 m. Nous sommes d’ailleurs passés devant le début de cette digue hier – il y avait des vaches et beaucoup de marcheurs.
Ce château faisait partie d’un ensemble de quatre forteresses identiques du Jutland construites à partir de 1313 par le roi Eric VI, dans un but pas très sympa puisqu’il s’agissait de contrôler les rebellions de nobles et paysans locaux, et que ce sont ceux-là même qu’il s’agissait de mater qui ont dû édifier le château ! Plus tard, au 15è siècle, le château de Kalø est devenu prison d’Etat, avant d’être détruit en 1662. Ses matériaux ont servi à la construction du palais de Charlottenbourg, qui était alors le palais privé du roi Ulrik Frederik Gyldenløve. Aujourd’hui le château est détenu et protégé par l’État danois, et il a été incorporé en 2009 au parc national de Mols Bjerge.
(Merci Wikipédia… maintenant, on peut aller déjeuner l’esprit serein !)
… Ce qu’on fait donc, tout en admirant encore la magnifique vue sur la baie, avant de régler nos suppléments (le prix de la chambre ne comprenant ni la location de draps et d’essuies, ni le petit-déjeuner) et de se mettre en route vers 9h, sous un ciel fameusement plus nuageux qu’à notre réveil, et surtout un fort vent de face !
On aurait pu penser que, notre itinéraire du jour longeant la côte, ce serait assez plat, mais finalement non : ça serpente et monte et descend de nouveau pas mal, en tout cas pendant les 20 premiers kilomètres, d’abord sur une magnifique route, ensuite pendant deux bons kilomètres sur un assez mauvais chemin de terre et de gravier – ravissant itinéraire au demeurant, mais quand on roule sur ce genre de revêtements, c’est malheureusement difficile de profiter du paysage, tant on doit se concentrer sur ce sur quoi on s’apprête à poser sa roue !
On fait une mini-pause à la marina de Egå, histoire de satisfaire un petit besoin naturel. Le temps est toujours bien gris, avec de temps en temps quelques gouttes de pluie qui nous font craindre la grosse averse, mais heureusement rien de tel ne se passe et nous échappons aux multiples changements de tenue qui ont parsemé notre trajet d’hier.
Les dix derniers kilomètres sont très agréables, sur une très belle piste cyclable qui longe à la fois le chemin de fer et la mer, et nous amène jusqu’aux premiers bâtiments du port. C’est une vraie joie pour moi de revoir la première image d’Aarhus que j’ai eue en arrivant ici l’été dernier, en train.
Qui dit longer la mer, dit plages. Et en effet, on en voit plusieurs, toujours charmantes et évidemment fort peu peuplées. C’est qu’il ne fait pas bien chaud…
Les plages sont étonnantes ici, par rapport à ce dont nous avons l’habitude : en fait, c’est de la pelouse, avec juste quelques mètres de sable dont on se demande s’il a été mis là exprès pour faire plus vrai ou s’il y est naturellement.
Nous arrivons à notre hôtel, le Wake Up, à 11h40, après 32,64 km. Situé un peu en hauteur (décidément !), il est moderne et fonctionnel, mais nous devons payer un supplément pour bénéficier d’une chambre plus grande où nous pourrons entreposer nos vélos, car il n’y a pas d’autre endroit où les laisser ! Il y a bien un parking, mais il est inexplicablement réservé aux voitures… Bref, ils ne perdent pas le nord !
Le temps de s’installer un peu, de repartir en flânant et en s’extasiant, mais sans vraiment trouver d’endroit sympa où manger, il est 14h quand on reçoit notre burger végétarien, qu’on a fini par dénicher au Cross Café (Åboulevarden 66), une ruelle de ce quartier piétonnier qui longe le Aarhus Å, et où se trouve aussi le centre commercial d’Aarhus. C’est vraiment un endroit adorable ! On s’installe en terrasse, on commande, la serveuse nous demande de payer tout de suite, et quand c’est fait, nous annonce qu’il y a environ une demi-heure d’attente ! Bon, finalement, ce sera un peu moins, heureusement…
Une fois rassasiés, on repart se balader dans la ville, faire quelques petits achats « snacks » en prévision de la longue étape de demain, puis se poser près du Dock 1, le premier endroit où nous sommes allés l’an dernier en quittant la gare, et qui symbolise à lui seul tout ce que j’aime dans cette ville dont je suis décidément amoureuse : la proximité de l’eau, les grands espaces, l’architecture ultra-moderne qui côtoie des bâtiments parfois très anciens pleins de charme, enfin la ville, mais tranquille, sereine, apaisante même.
Ce soir, on a réservé une table au restaurant Lepagnol, non loin de l’hôtel. On a bien marché – et un peu pédalé aussi ! -, et demain, il s’agit d’être en forme : on a une centaine de kilomètres à faire jusqu’à l’étape suivante, fini de rigoler ! Et en plus, il semble bien qu’on aura le vent de face, à nouveau… Oserais-je dire que par contre, ça devrait être assez plat ?
Allez, encore quelques photos, juste pour le plaisir…
La première chose qu’on remarque en se levant, c’est qu’il tombe des cordes ! Mais il faut quand même bien se mettre en route, surtout que notre B&B, contrairement à ce que son nom pourrait laisser penser, ne propose pas de petit-déjeuner… On roule donc jusqu’au supermarché Netto, où on s’achète de quoi grignoter, puis jusqu’au port, où on attend à la terrasse (couverte) du resto Skakkes Holm que la pluie se calme. Du coup, quand on se met enfin vraiment en route à 9h40, on n’a même pas fait 5 km !
On emprunte l’itinéraire balisé n°5, qu’on suivra jusqu’à Fredericia, et c’est vraiment une route magnifique : sinueuse, vallonnée, où alternent des paysages de champs de blé, des pinèdes, des forêts… La région est comme dans notre souvenir, très peu habitée, mais très proprette, contrairement à la côté ouest, qui nous avait semblé plus pauvre.
On doit malheureusement s’arrêter souvent pour adapter notre tenue au temps extrêmement variable : et vas-y que j’enlève une couche, voire deux, que je mets mes lunettes ! Et vas-y que je remets une couche, et puis finalement le vêtement de pluie aussi ! Ah zut, j’ai oublié d’enlever mes lunettes ! Ah tiens, il ne pleut plus… Allez, on enlève une couche !
Par deux fois, on doit même s’arrêter tellement il pleut, et s’abriter en attendant la fin de l’averse. La deuxième fois, à Balle, ce sont même des trombes d’eau qui tombent, à tel point que la chaussée est complètement inondée ! Et comme le vent, que jusque là on avait dans le dos, est tout-à-fait tombé, ce satané nuage ne bouge pas ! Pendant de longues minutes, on se trouve même au sec devant l’épicerie où on s’est abrités, tout en voyant la pluie tomber bien dru dans une flaque à 20 mètres de nous. L’avantage, c’est que ça donne des lumières et des cieux magnifiques !
Même si j’ai vidé un paquet de biscuits au chocolat ce matin en guise de petit-déjeuner, il commence à faire faim, et comme d’habitude l’an dernier, on peine à trouver un endroit où s’arrêter, ne serait-ce que pour manger nos noix… Finalement, à 13h10, on avise enfin le camping Ebeltoft de Dråby. On a fait près de 40 km, et on décide de s’offrir une glace. Philipp craque pour un truc qui a l’air bien dégueu, moi pour un sage Magnum noisette, mais comme le truc bien dégueu s’avère être une glace à l’anis, on échange !
Puis on repart, et soudain, alors que la route descend en sinuant… la mer ! Le spectacle est d’autant plus magique qu’on ne s’y attendait pas du tout. Dommage qu’avec la mer vienne la pluie, encore une fois !
Scruter les nuages, tenter de comprendre d’où vient le vent, qui semble tourner sans cesse, parier sur nos chances de nous faufiler entre deux gros nuages, ça a son charme, mais ça fatigue. Aussi ai-je l’idée géniale, alors qu’on passe devant la brasserie Molskroen du Strandhotellet, de faire une pause (une vraie, car celle de Dråby n’a duré qu’un quart d’heure : on a vu un gros nuage arriver, et on s’est empressés de partir avant qu’il nous rattrape) histoire de prendre une boisson chaude et de laisser passer l’averse qui s’annonce… Averse qui commence finalement juste quand on quitte l’établissement !
Qu’à cela ne tienne : il nous reste une quinzaine de kilomètres, s’il le faut on les fera sous la pluie, mais on commence à avoir envie d’arriver à l’hôtel, d’autant qu’il offre une magnifique vue sur mer. Je me prends à rêver d’une baignade en fin de journée : l’eau est claire, vraiment tentante, et avec un rayon de soleil, c’est tout-à-fait possible !
On reprend donc la route, d’abord via une piste cyclable le long de la côte, puis, lorsqu’on s’en éloigne, à nouveau sur des routes qui sinuent, montent et descendent, ce qui donne des points de vue imprenables sur la baie et la mer argentée.
Mais arrivés à Rønde, il devient de plus en plus clair qu’on monte et s’éloigne du rivage. Le Danhostel, plutôt une sorte d’auberge de jeunesse, est en réalité situé sur les hauteurs ! On aura mérité notre vue sur mer ! Il est 16h quand on arrive, après avoir parcouru 59 km. Et finalement, sur ce dernier tronçon, il n’est pas tombé une goutte !
En fait, Rønde, c’est un peu comme Grenå, en tout cas les deux villes ont en commun que le centre est assez éloigné du rivage.
On est quand même bien fatigués après cette première journée de vélo ! Il faut dire qu’on n’a pas été gâtés, ni côté météo, ni côté relief. On est donc à 18h au café Laurits, dans la Hovedgaden, où ils servent un burger végétarien. Ce sera notre menu du soir ! Après quoi, on fait nos écritures sur la terrasse, en profitant de la vue sur la mer, évidemment !
La vue de la terrasse du Danhotel
Demain, étape courte jusqu’à Aarhus, ce dont je me réjouis doublement !
Notre trajet en train, c’est plutôt le gris, qui passe par Brême. Mais c’est ça l’idée.
Après 3 jours et 9 trains, nous voilà arrivés à Grenå, le point de départ de notre voyage cycliste cet été. Il fait magnifique, grand soleil, ce qui contraste agréablement avec le temps en Belgique, visiblement pourri.
Parti lundi de Bruxelles, nous avons donc pris trois trains le premier jour avant de loger à Aachen, où nous avons passé une très agréable soirée. Aachen est une toute petite ville, dont le centre est absolument charmant, mais vraiment minuscule. Idéal pour une étape et une Flammkuchen au restaurant (en fait plutôt un bar vinothèque) Masuto !
Aachen
Mardi, trois autres trains nous ont amenés jusqu’à Flensburg, et on s’est payé le luxe, en prime, de profiter d’une grosse heure à Köln pour faire quelques tours de roue jusqu’au Rhin, qu’on a traversé par le Hohenzollernbrücke avant de revenir sur nos pas.
Köln
En une journée, on a donc fait toute la portion allemande de notre trajet, de juste après la frontière belge à juste avant la frontière danoise.
Le centre de Flensburg est nettement plus grand et tout aussi joli que celui de Aachen, et surtout, il y a la mer ! C’est également de là que partent des croisières vers les fjords. Mais nous nous sommes contentés de nous balader, puis de risquer un repas en terrasse, malgré le temps très changeant. Et on a bien fait : il n’a pas plu !
Flensburg
Aujourd’hui, c’était le tour des trois derniers trains, danois ceux-là, pour nous mener à Fredericia, puis Aarhus et enfin Grenå. On a donc fait en train une partie de ce qu’on refera dès demain à vélo, même si le train coupe par l’intérieur des terres, alors que nous longerons le plus souvent la côte…
Le passage de frontière s’accompagne d’un contrôle d’identité de tous les voyageurs à la gare de Padborg. C’est semble-t-il dû à un durcissement des contrôles à cause des menaces pour la sécurité engendrées, en Suède et au Danemark, par les récents brûlages de Corans… Ce n’est d’ailleurs qu’après ce contrôle que les wc du train sont enfin rendus accessibles !
Et à 14h tapantes, nous posions le pied et la roue sur le quai de la gare de Grenå. Quel bonheur de retrouver cette charmante petite ville, qui plus est sous un magnifique ciel bleu ! Sitôt installés – dans une maisonnette entière, un peu excentrée mais pas trop – nous repartons vers le port, et ne tardons pas à nous installer à la terrasse du Casablanca, où nous avons nos habitudes puisque nous y avons mangé deux soirs d’affilée l’an dernier : dans une région où j’avais peiné pendant deux semaines à trouver un repas végétarien, leur buffet italien s’était avéré un pur régal, et la carte n’a pas changé !
On a faim, de toute manière au Danemark on mange tôt, donc on ne se gêne pas et on passe au buffet à 17h30, ce qui nous permet d’être de retour « à la maison » vers 19h !
La crise provoquée par la pandémie de covid 19 a eu ceci de bon qu’elle nous a fait renouer avec les voyages cyclistes, avec en tête la North Sea Cycle Route.
A l’été 2021, nous allions en 17 jours de Kalmthout (BE) à Cuxhaven (DE), parcourant 1038 km et passant par les îles (NL) de Texel, Vlieland et Terschelling.
L’été dernier, nous reprenions notre périple là où nous l’avions laissé, pour aller cette fois de Cuxhaven (DE) à Grenå (DK). 1321 km en trois semaines pour en finir avec l’Allemagne et faire une bonne partie du tour du Jutland.
Mais la Suède et la Norvège nous semblant finalement trop inhospitalières aux cyclistes pépères que nous sommes, nous abandonnons cette année l’idée de la North Sea Cycle Route. Finalement, nous irons explorer le Danemark, en repartant de Grenå, et en longeant cette fois la côte vers le Sud en passant par Aarhus, Fredericia, Odense, l’île de Langeland, celle de Lolland, et finalement København (Copenhague), où nous resterons deux jours !
Voyage plus modeste, de 700 km environ, puisque nous n’aurons que 10 jours de vélo, sur 16 jours d’absence : éh oui, il faut de plus en plus de temps pour rejoindre en train notre point de départ, et pour revenir à Bruxelles ensuite !
Nous partons le 31 juillet, commencerons à pédaler vraiment le 3 août en quittant Grenå, et comme d’habitude, vous pourrez nous suivre ici si le coeur vous en dit !
A l’origine de ce petit voyage en solitaire, une double frustration née de notre excursion automobile du 29 avril dernier au Keukenhof. A cette occasion, nous avions fait halte à Kinderdijk, pour voir les moulins dont j’avais un vague souvenir, datant de mon voyage de l’été 2012 (Malines – Amsterdam aussi, mais via la LF2). Mais on était pressés : on avait pris des billets pour le Keukenhof à 14h, pas question de traîner !
On a donc quitté très (trop) vite Kinderdijk, et moi, émerveillée, je me promettais déjà d’y revenir, mais à vélo. Qui plus est, le Keukenhof fut une grosse déception, car absolument bondé. Mais cela n’a fait qu’affermir en moi l’envie de remonter sur mon vélo pour un petit périple dans la région. Et une fois consulté mon agenda, quatre jours se sont avérés libres.
J’ai d’abord envisagé une boucle, d’Anvers à Kinderdijk, puis Delft et retour vers Knokke. Mais c’était un peu trop long pour 4 jours, et j’ai donc revu mon projet initial, d’abord pour cette raison, et puis en raison de contraintes logistiques et financières : je serais bien allée jusqu’à Marken, mais il n’y avait plus aucun logement disponible. J’aurais bien logé à Amsterdam et à Delft, mais c’était hors de prix. Je logerai donc successivement à Hoogstraten (à la frontière belgo-néerlandaise), à Made, à Gouda et à Assendelft (un peu au nord-ouest d’Amsterdam). Environ 220 km, mais je compte bien agrémenter ça de petits détours !
… D’ailleurs, avant même de partir, je décide de rallonger ma deuxième étape de 18 km : je passerai par Baarle et les Chaamse Bossen avant d’arriver à Breda, puis Made. De toute manière, mes hôtes du soir ne seront pas là avant 16h, donc inutile de courir ni de faire au plus court !
Mardi 9 mai : Mechelen – Hoogstraten (60 km)
Lever un peu avant 8h après une bonne nuit sans aucune douleur (merci la kiné hier !).
Je finalise mes bagages, et je m’aperçois que je n’ai pas mon billet de train pour Malines, alors que je l’ai réservé en ligne. Je recommence l’opération mais ne reçois toujours aucun billet par mail. Je finis donc par passer par l’application, et là ça marche enfin, j’ai mon billet aller, pour moi et mon vélo (7,20€) !
Peu après 9h, je me mets en route sous la pluie – la météo s’annonce d’ailleurs franchement merdique pour les prochains jours, avec même une alerte jaune « pluie » pour tout le pays aujourd’hui – et prends le train de 9h26 à Uccle Calevoet, jusqu’à Malines, où j’arrive à 10h13.
La gare est en travaux, je dois donc descendre mon vélo par un escalier dûment pourvu d’une rigole pour les vélos, certes, mais pas du tout adaptée (comme toutes les rigoles, d’ailleurs) aux vélos nantis de bagages. Bref, c’est périlleux, mais j’y arrive sans lâcher mon vélo ni me casser le dos. Ouf.
Les trente premiers kilomètres ne sont pas désagréables, il y a de belles portions le long de la Nette, c’est calme, avec des hérons, des oiseaux qui chantent, des grenouilles qui coassent, et pas un chat. Je m’offre le petit plaisir d’un détour par le centre de Lier, assez charmant, mais je renonce à y manger. D’abord il est encore un peu tôt, et puis surtout, j’avais oublié comme c’est compliqué de voyager seule sous la pluie : pas question de s’arrêter à une terrasse, évidemment, mais il faut pouvoir garder son vélo à l’oeil, tout de même… Bref, il faut trouver un établissement qui permet de voir son vélo de l’intérieur ! Je continue donc mon chemin le long d’une horrible nationale (la N14), que je finis pas quitter pour une route plus calme: tant pis pour l’itinéraire Komoot, c’est vraiment trop moche ! Cela dit, c’est probablement parce que j’ai paramètre mon trajet en mode « vélo de course » pour avoir de bons revêtements… et avec cette pluie, pas sûr que les autres auraient été praticables !
Je fini par trouver à peu près ce que je cherche en la « personne » de la brasserie Den Draver, à l’entrée de Zandhoven. Il est 12h40, je commence à avoir bien faim, outre un impérieux besoin naturel à assouvir. J’ai fait 33,5 km depuis ce matin.
S’arrêter, ça fait du bien, mais finalement pas tant que ça : mes vêtements sont trempés, mes chaussures, mes chaussettes et donc mes pieds aussi, et après avoir englouti mon croque-monsieur « zonder ham » et mon cappuccino, je n’ai envie ni de rester plus longtemps, ni de me remettre en route sous cette pluie… Mais je n’ai pas vraiment le choix, donc je repars, le long de cette horrible N14 qui va me mener jusqu’à Hoogstraten, où m’attend mon B&B.
L’avantage avec la pluie, c’est qu’on n’a aucune raison de flâner, donc je trace, soucieuse de me réchauffer et d’arriver… même si je n’ai aucune certitude qu’en arrivant trop tôt, je te trouverai pas porte close !
Arrivée à Hoostraten, je fais encore un crochet par le béguinage, que j’ai repéré sur la carte avant de partir, puis par le moulin, puis après 60 km, je me présente à mon B&B, où il n’y a évidemment personne pour m’ouvrir… J’appelle, tombe sur la boîte vocale du gars, laisse un message en espérant qu’il ne tardera pas à venir me sauver des eaux, et heureusement il me rappelle tout de suite, la femme de ménage qui était à l’intérieur vient m’ouvrir, je gare mon vélo derrière la (magnifique) maison, pose mes affaires dans mon adorable chambre et file sans attendre sous la douche !
Il faut dire qu’on pouvait difficilement faire pire, comme journée. Bon, évidemment, j’aurais pu faire une chute, ou avoir le vent contre… Mais c’était quand même assez moche, dans l’ensemble, à part de la sortie de Malines jusqu’à Lier. Sans compter les camions qui dépassent en trombe sur la nationale, m’éclaboussant de la tête aux pieds pendant que je roule dans les flaques !
Une fois douchée, je me fais un bon petit café et m’installe pour mes « écritures ». C’est à ce moment que je m’aperçois que j’ai dû oublier le câble permettant de charger les photos de mon appareil sur mon ordinateur… Je crains donc ne pas pouvoir partager avant mon retour à Bruxelles mes magnifiques photos de cette magnifique journée…
Mes écritures faites, je me remets en route, à pied cette fois, puisque Ada m’a promis des établissements à un quart d’heure de marche. J’espère aussi toujours trouver un magasin où acheter un câble, mais j’en serai pour mes frais… Le ciel est très menaçant, je fais un crochet par l’Albert Hein du coin pour acheter des noix de cajou pour demain (ça me manque parfois un peu, un petit truc à grignoter) et je me réfugie au Trefpunt, un hôtel restaurant, juste avant la grosse drache… qui dure pendant tout mon repas (délicieuses courgettes farcies accompagnées de frites de patates douces), toute ma bouteille d’eau, puis tout mon deca… Je finis par repartir sous une pluie un peu moins forte, et j’ai même le bonheur de voir un faible arc-en-ciel se dessiner au-dessus du moulin de Made !
A 19h30, je suis au lit, me demandant comment tenir le coup encore au moins une heure avant de sombrer. J’ai emporté un roman dont on m’a dit le plus grand bien (Le Mage du Kremlin) mais je pique du nez dessus…
Mercredi 10 mai : Hoogstraten – Made (72 km)
Je dors comme un bébé jusque 6h30 environ. Miracle : dehors il fait sec !
J’avais annoncé mon intention de petit-déjeuner à 8h, mais à 7h15, je n’y tiens plus, et puis j’entends du bruit, donc je me lance ! Je suis accueillie très gentiment par mon hôte, qui m’apporte tout de suite deux mini crêpes à la cassonade, en attendant la suite, qui s’avère royale : croissant, pistolets, tranches de pain, yaourt aux fruits, fromage et charcuteries, confitures et Nutella, kiwis et fraises, … Bon, évidemment, je fais mon tri dans tout ça, et je décline les oeufs qu’il se propose de me préparer. Je crois que ça ira comme ça ! Je confie également mes chaussures à mon hôte pour qu’il les mette dans le séchoir : je voudrais vraiment voyager les pieds secs, sans risquer de gâcher ma deuxième paire de chaussures, que je garde pour le soir…
Je met mets donc en route dans des chaussures sèches et bien chaudes vers 8h15, et après 7 minutes, je suis aux Pays-Bas ! Le temps est gris, mais sec, et je roule vers Baarle, puisqu’aujourd’hui, c‘est ma journée « détours pour ne pas arriver trop tôt ». Il me semble que tout est nettement plus beau depuis que j’ai passé la frontière, les paysages sont campagnards ou forestiers, il y a des lièvres, des lapins, des canards, des oies, et après 8 km, je vois même un daim, un chevreuil ou un truc du genre, que je m’empresse de photographier tandis qu’il s’enfuit. Mais comme c’est avec mon appareil photos et que je n’ai pas le câble, impossible de vous montrer ça !
À propos de câble, une fois à Baarle, après avoir fait le tour des panneaux (« Barle-Nassau » et « Barle-Hertog » selon qu’on est aux Pays-Bas ou en Belgique), je m’arrête dans un Hema dans l’espoir d’y trouver ce que je cherche, mais non. Par contre, à la sortie, j’ai une belle surprise : le soleil brille, le ciel est bleu, il fait magnifique !
La pluie d’hier avait un inconvénient dont j’ai oublié de parler : avec la buée sur ma sacoche, je ne voyais strictement rien à l’itinéraire affiché sur mon gsm (glissé dans le couvercle plastifié de ladite sacoche). Et le long des routes nationales, avec le bruit des voitures, je n’entendais pas non plus les instructions de Komoot. Bref, c’était parfois compliqué… Ici, soudain, la vie est belle, je vois et j’entends (si je puis dire) mon itinéraire !
Par contre, rien n’est parfait : qui dit temps sec dit retour des insectes, et m’en prendre un dans l’oeil me rappelle que j’ai des lunettes, que je m’empresse de chausser.
La route est magnifique jusqu’à Breda, sans une goutte de pluie. Je longe longtemps la LF13b (encore balisée), traverse une magnifique forêt, mais comme le temps devient menaçant, je joue la prudence et fini par m’arrêter après 37,7 km à Onder de Molen, à Bavel, après avoir un peu dévié de mon itinéraire pour aller vers le centre de Breda. Il n’est même pas 11h !
Ensuite, je peine un peu à trouver le chemin de Breda, j’ai l’impression de tourner légèrement en rond, et finalement je renonce à manger dans le centre de Breda et je m’arrête à midi la terrasse du Kogelvanger, un établissement situé en bordure du Mastbos. J’ai roulé 48km depuis ce matin, je suis en pleine forme, mais j’ai faim et m’offre un superbe lunch veggie: petite soupe tomates, petite salade, croquette de légumes, salade d’oeufs, morceaux de brie et divers pains. Un régal !
Je retrouve ensuite sans peine ma route vers le centre de Breda et le Markt, et je mets pied à terre pour faire un petit tour dans le Kapucijnenhof et le béguinage, situés juste à côté l’un de l’autre et à côté du parc Valkenberg. Puis, avant de me remettre en route, je prends un café au lunch room Canella, un établissement situé dans une sorte de cour intérieure, très calme, le genre d’endroit où j’ose laisser mon vélo (et mes bagages) seul pendant cinq minutes, le temps d’un pipi…
Puis je me remets en route, pour mon logement du soir cette fois : assez de petits détours pour rallonger, je commence à fatiguer et 16h approche. Le temps se couvre, aussi, et il pleuvine même un peu pour agrémenter ma sortie de Breda (ce qui n’était franchement pas nécessaire, car c’était déjà assez moche comme ça !). Mais ce n’est pas assez pour sortir ma veste (et un peu bêtement, j’avoue que j’ai envie qu’elle reste sèche, celle-là, depuis que j’ai vu à quel point elle était désagréable à porter une fois trempée). Il est 15h40 quand j’arrive à mon B&B, après une très jolie route dans les champs et plein de chevaux dans une prairie, puis l’inévitable moulin – de Made, cette fois. Heureusement, Ada est là , et je peux tout de suite ranger mon vélo et prendre possession de ma chambre, au premier étage de la maison. C’est moins luxe qu’hier, mais tout-à-fait charmant, et je m’empresse de prendre une douche.
Les gens sont sympas, me demandent souvent où je vais, etc. Aujourd’hui un vieux en rolator à Breda voulait savoir si j’allais à Santiago de Compostelle ! Lui y était allé trois fois…
Quand je dis d’où je viens et où je vais, les gens doivent se dire que c’est vraiment pas grand chose sur une journée. surtout aujourd’hui où il y avait 34km entre le départ et l’arrivée, sans tous les détours ! Mais en réalité, j’en ai quand même fait 72, alors que l’itinéraire que j’avais planifié pour rallonger, en passant par Baarle donc, n’en faisait que 52,2 !
Mes écritures faites, je me remets en route, à pied cette fois, puisque Ada m’a promis des établissements à un quart d’heure de marche. J’espère aussi toujours trouver un magasin où acheter un câble, mais j’en serai pour mes frais… Le ciel est très menaçant, je fais un crochet par l’Albert Hein du coin pour acheter des noix de cajou pour demain (ça me manque parfois un peu, un petit truc à grignoter) et je me réfugie au Trefpunt, un hôtel restaurant, juste avant la grosse drache… qui dure pendant tout mon repas (délicieuses courgettes farcies accompagnées de frites de patates douces), toute ma bouteille d’eau, puis tout mon deca… Je finis par repartir sous une pluie un peu moins forte, et j’ai même le bonheur de voir un faible arc-en-ciel se dessiner au-dessus du moulin de Made !
A 19h30, je suis au lit, me demandant comment tenir le coup encore au moins une heure avant de sombrer. J’ai emporté un roman dont on m’a dit le plus grand bien (Le Mage du Kremlin) mais je pique du nez dessus…
Jeudi 11 mai : Made – Gouda (61 km)
Hier soir, je me suis couchée avec l’impression très désagréable que l’absence de pluie avait eu une autre conséquence négative : le retour de mes allergies ! Mon nez coulait sans arrêt, heureusement que mes hôtes avaient mis à disposition une grande boîte de mouchoirs…
Ajouté à cela le fait qu’on entend tout dans cette maison et qu’évidemment personne ne va dormir à 20h (mes voisins de pallier sont arrivés pour leur installation vers 21h !), j’ai passé une nuit horrible. Et au cours de la nuit, au nez qui coule s’est ajoutée une gorge très douloureuse. Exactement ce que j’avais quelques jours avant de partir, mais en pire… Et à 6h du matin, je me suis mise à saigner du nez, pour que mon bonheur soit complet.
Bref, à mon avis ce ne sont pas les allergies, mais plutôt mon microbe ou virus pas tout-à-fait évacué qui s’est réveillé !
Le petit-déjeuner m’a un peu réconciliée avec la vie, et le mari d’Ada m’ayant apporté un sachet fraicheur pour que je puisse, si je voulais, emporter un sandwich pour la route, je me suis préparé un sandwich gouda – oeuf dur: la perspective d’un pique-nique à Kinderdijk, au pied des moulins, me tentait bien, éventuellement agrémenté ensuite d’une petite soupe dans un établissement.
Après une petite papote avec Ada, je me suis mise en route vers 8h30, et il n’a pas tardé à se mettre à pleuvoir. Rien de grave, juste une petite pluie fine, mais l’occasion de bien râler sur le site de l’IRM, qui vous indique à 8h le temps qu’il fera entre 4h et 9h du matin (et prétend évidemment qu’il fera sec). Quel est l’imbécile qui croit qu’il y a une personne au monde qui consulte le site de l’IRM pour savoir quel temps il a fait au cours des heures écoulées ?
Après 9,5 km de route, je suis arrivée à mon premier embarcadère de la journée, celui qui permet de monter dans un bac qui vous emmène de l’autre côté (forcément), dans le Biesbosch. Seul petit hic : personne sur place, buvette fermée, automates permettant de prendre son ticket en panne… Gloups ! Aurais-je négligé un détail ? Vérification faite, le premier bac partait à 10h, ce qui me laissait une bonne demi-heure d’attente… La tenancière de la buvette, qui ne tarda pas à arriver, ne me rassura pas vraiment en disant que ce n’était vraiment pas normal qu’il n’y ait encore personne, et se mit en devoir d’aller téléphoniquement aux nouvelles. Sur ces entrefaites (et heureusement, j’avais pu m’installer à l’intérieur pour prendre un café en attendant, car même s’il ne pleuvait plus, l’air était quand même frisquet), le gaillard qui conduit le bac est arrivé. J’étais sa seule passagère. Il faut dire que le Biesbosch, comme le m’a expliqué la tenancière de la buvette, c’est un immense polder, il n’y a rigoureusement rien dessus, et donc rien non plus pour se mettre dessous en cas d’averse. Il faut donc être un peu inconscient, très optimiste ou Breton pour s’aventurer là quand la météo est capricieuse…
Cela dit, c’était superbe, et encore plus du fait que je savais que j’étais, sur cette étroite bande de terre de 7km environ, rigoureusement et absolument seule,. Ou plus exactement, qu’il n’y avait personne derrière moi à moins d’une-demi heure. Je sais, c’est bizarre, mais c’est logique : le débarcadère étant le seul endroit possible où accéder au Biesbosch par le Sud, et l’unique bac mettant un quart d’heure à faire la traversée, il lui fait une demi-heure pour amener les hypothétiques suivants ! Ajoutons à cela une magnifique piste cyclable, j’avais tout loisir de m’en mettre plein les mirettes, surtout des oiseaux, mais j’ai aussi vu un cerf (que j’ai photographié avec mon appareil, mais je ne sais pas si je vous ai déjà dit que je n’ai pas mon câble, donc…)
J’ai ensuite rejoint la civilisation (mais si peu…) et assez vite mon deuxième bac, qui, peu avant 11h et après 18km, m’a fait quitter le Brabant pour la Zuid-Holland. Ensuite, il y a encore eu plein de petits moutons adorables, des canaux, des ponts, mais aussi des portions plus pénibles, autour de Dordrecht, Papendrecht et Alblasserdam. Il faut dire que je fatiguais, ça me semblait interminable, cette arrivée à Kinderdijk, qui dans ma tête était tout près d’Alblasserdam. Mais bon, évidemment, mes souvenirs tous frais étaient automobiles…
Mais finalement, je n’ai pas regretté d’avoir choisi cet itinéraire, qui me faisait arriver à Kinderdijk par le Sud et donc aller à la rencontre de la foule… Foule bien absente aujourd’hui, puisqu’il s’est mis à tomber des cordes et que je n’ai donc croisé que quelques malheureux/courageux comme moi, à pied ou à vélo. Du coup, je n’ai pas pu faire le pique-nique que j’avais imaginé et le suis réfugiée, après un bon 37km ce matin, à la taverne De Klok pour un hamburger végétarien et un Radler sans alcool. Après avoir un peu rechigné, la serveuse a accepté que je laisse mon vélo à portée de vue sur sa terrasse – faut dire, qui aurait eu l’idée d’aller s’asseoir à cette terrasse par ce temps ?
Je me suis remise en route à 13h pour mon troisième bac du jour, celui qui permet de rejoindre Krimpel Aan De Lek. Là encore j’étais seule, mais une foule de touristes débarquaient par contre lorsque je suis montée dans le bac.
Ensuite, ce fut magnifique. Des kilomètres et des kilomètres (à vue de nez, pas loin de 20) dans des polders (ou dans un seul immense polder ?) avec des cygnes, des canards, des hérons, des vaches, des moutons, et d’autres oiseaux dont je ne connais pas le nom. Souvent, les oiseaux étaient accompagnés de poussins – évidemment adorables – et comme le ciel était toujours menaçant, la lumière était splendide. Mais le ciel ne menace pas en vain, et il s’est donc remis à pleuvoir, ce qui, évidemment, décourage un peu la flânerie. L’arrivée à mon hôtel (un Campanile) m’a semblé interminable, en plus je ne voyais ni n’entendais plus mon navigateur et je devais donc régulièrement m’arrêter, sortir mon gsm de sa housse protectrice, regarder ce que je devais faire ensuite, et repartir. Fastidieux !
Je savais que mon Campanile était un peu en-dehors du centre, mais là, j’ai vraiment l’impression d’être très loin de toute source possible de beauté, et toute proche par contre de tous les Jysk, Gamma et autres magasins de zonings industriels. On entend bien l’autoroute, aussi…
Je pourrais manger mon sandwich au fromage dans ma chambre, mais ça me semble un peu tristounet quand même. Reste l’option flemmarde (manger au resto du Campanile) et l’option courageuse (repartir vers le centre, puisqu’après tout je loge ici parce que je voulais revoir Gouda…).
Finalement, j’ai mangé mon sandwich dans ma chambre, puis j’ai pris l’option courageuse et la flemmarde ! Je suis d’abord allée à vélo faire un tour au centre-ville, j’ai admiré, fait des photos, mais comme j’avais oublié mon cadenas dans ma chambre, je n’ai pas osé abandonner mon vélo pour entrer dans un établissement et je suis donc rentrée à l’hôtel pour manger ! Petit vin blanc, soupe tomates et kaaskrokketten, que demander de mieux ? Et du coup, j’étais en pyjama qu’à 19h40, la prouesse !
J’ai oublié mon bilan de santé, dans tout ça… En gros, la journée s’est bien passée, je ne sentais presque plus rien, mais ce soir mon nez coule de nouveau en fontaine. Ça doit être un doux mélange d’allergie et d’infection quelconque.
Tout autre chose : la journée d’hier m’a fait arriver à la conclusion que j’avais peut-être trouvé la meilleure formule de voyage cycliste : on hésite toujours entre de longues étapes correspondant à ce qu’on peut faire en une journée « normale » (70-80 km) et des étapes plus courtes, réalisables même par vent fort de face, grosses pluies, crevaison, etc. mais qui font évidemment courir le risque d’être arrivés à l’étape à midi si tout se passe bien. La solution que j’ai testée hier est idéale (sauf en cas de crevaison) : l’itinéraire le plus court entre le départ et l’arrivée faisait une trentaine de kilomètres, ce qui m’a laissé tout loisir de l’allonger en voyant le matin qu’il allait faire raisonnablement beau.
Bon, là-dessus, je vais me coucher…
Vendredi 12 mai : Gouda – Assendelft (72 km)
J’ai bien dormi, et développé au passage un ingénieux dispositif anti-rhinite : un bouchon dans chaque narine, et hop, dodo ! Bon évidemment, on fait plus sexy, mais ça fonctionne ! Et lorsque je les ai enlevés vers minuit, la crise était passée. Au fond, c’est des boules Quies nasales.
Après un petit-déjeuner à 7h30, je me suis mise en route pour cette dernière journée sur mon vélo. J’en escomptais pas mal de belles surprises, et j’ai été bien déçue, en tout cas pendant les 26 premiers kilomètres, que j’ai fait par vent de face (si je n’ai pas parlé du vent précédemment, c’est qu’il n’y en avait pas, mais ce matin il s’était levé, et pas de chance : il soufflait du Nord !), le long d’un moche canal (oui, en général j’adore les canaux, même celui de Bruxelles, mais celui-ci était moche, et longé en outre par une nationale). Et puis j’ai quitté le canal, mais pas la nationale… Je suis arrivée à Alphen aan de Rijn, j’ai bien chipoté pour en sortir, et c’était reparti pour une piste cyclable le long de la nationale toute droite pendant des kilomètres ! J’aurais bien modifié mon itinéraire, mais vérification faite, ça aurait pas mal rallongé, et par vent de face, je n’étais pas très motivée.
Cela dit, n’exagérons rien: un moment donné, j’ai quand même vu un nid de cygnes.
Et puis tout à coup, il y a eu un charmant petit pont, le Vroonlandsche brug, et c’est devenu beau ! J’ai retrouvé un canal, fait une petite pause à 10h40 devant le Grand café De Parel, qui n’ouvrait qu’à 11h et refusait que je m’asseye déjà avant, sous le prétexte fallacieux qu’alors tout le monde allait venir s’asseoir : faut pas charrier non plus, c’est vrai qu’il y avait des cyclotouristes, mais quand même…
Bref, ils avaient des bancs, j’avais du pain d’épice. Ça m’a suffit. J’avais fait 31km depuis ce matin, mon nez coulait, le soleil restait timide.
Je me suis remise en route et j’ai roulé jusqu’à Hoofddorp. La route était de nouveau pas terrible, et j’approchais visiblement d’un aéroport, Schipol sans doute, car des avions ne cessaient de passer au-dessus de ma tête tout en descendant. L’arrivée à Hoofdorp était encourageante, avec de nouveau un joli petit canal et surtout, d’improbables constructions hyper modernes pour un lieu du nom de « Hoofddorp ». Moi j’y aurais plutôt vu des petites maisons typiques ou des fermes cossues, mais non… C’est aussi ça, les Pays-Bas !
J’ai un peu tournicoté dans Hoofddorp, bien décidée à manger là. J’avais arrêté Komoot pour économiser ma batterie (grave erreur), j’ai donc flâné du moulin au fort converti un établissement, puis à la Marktplein, où je me suis posée en terrasse chez Frenkie. Il était midi, et j’avais fait 44 km. Et, faut-il le souligner, je me sentais en pleine forme ! J’ai testé la gastronomie locale, avec des frites de patates douces accompagnées d’une sauce à la truffe et de parmesan
Ensuite je suis repartie, et c’est là que les choses de sont un peu gâtées, côté Komoot – car côté météo, il faisait enfin un grand soleil ! Cet imbécile (Komoot, pas le soleil) a, pour une raison incompréhensible, voulu me maire repartir dans l’autre sens, c’est-à-dire vers Malines… Et moi, comme j’avais arrêté la navigation en arrivant, j’ai cru qu’il me ramenait simplement au point où je l’avais arrêté. Que nenni ! C’est au moment que je me suis retrouvée le long du canal, avec les bâtiments hyper modernes à deux pas de la gare, que j’en ai eu le coeur net et que j’ai fait demi-tour. Et là, mine de rien, il a recommencé à me guider, dans le bon sens cette fois !
J’ai vu une église visiblement convertie en mosquée, sans pouvoir m’empêcher de me demander si on gagnait vraiment au change.
Et puis c’est devenu vraiment beau, les avions ont commencé à décoller au-dessus de moi au lieu d’atterrir, j’ai emprunté de belles pistes cyclables dans la campagne de la banlieue de Haarlem, et puis, après 61 km, une curiosité : une voiture « officielle », avec indiqué dessus « muskusrattenbeheer ». Personne dans la voiture, mais un peu plus loin, j’ai vu un type dans une barque, sur le tout petit canal que je longeais. Vérification faite, il s’agit apparemment de chasser des rats musqués, qui sinon prolifèrent, n’ayant pas de prédateur naturel, et risques d’endommager les digues et les berges.
Dans ce paysage champêtre, je suis arrivée à Spaarndam, absolument adorable apparemment, mais dans lequel je n’ai fait qu’une incursion de quelques mètres, histoire de me poser à la terrasse du bien-nommé De Toerist. Il était 14h, et outre qu’une petite pause et un bon radler n’a jamais fait de mal, je ne voulais (pouvais) pas arriver trop tôt, ayant annoncé à mon hôtesse Cynthia mon arrivée entre 15h30 et 16h30.
J’ai hésité à prendre encore une crêpe et un café, j’ai opté pour la sagesse et je suis repartie pour les derniers kilomètres qui me séparaient encore de Assendelft. J’ai pris l’unique bac du jour, et un peu avant 15h30, j’étais devant mon B&B, une adorable petite maison en bois vert, typique de la région. Et Cynthia arrivait dans la foulée.
La suite ? Douche, café, écritures, et une grande impatience de partir à pied découvrir ce village charmant. Les autres hôtes arrivent à l’instant (je partage avec eux un petit salon), et ils viennent de Texel ! En voiture, eux, je crois…
Je fais donc une première grande balade jusqu’à l’église que j’aperçois de loin, et qui vue de près ressemble à une cathédrale tant elle est grande. Je reviens par les petites rues derrière, et mon impression se confirme : c’est très joli, plein de petits canaux surmontés de petits ponts blancs… mais mon estomac commence à crier famine, alors je m’installe à la terrasse de la Dorpstaveerne, il fait 22 degrés en cette fin de journée et je me commande un radler sans alcool et une broodplankje qui est censée être accompagnée de kruidenboter fait maison et de dippers. Je m’attends à du fromage, des olives, de l’houmous ou autres trucs du genre, mais en fait, outre le pain et le beurre, je reçois juste un petit pot de mayonnaise ! Comme dernier repas au resto de mon voyage, on peut faire mieux, mais tant pis.
Je repars ensuite me promener, car lors de ma première promenade, j’ai voulu accéder à un petit canal longe de jardins, mais les gens que j’ai croisés m’ont dit que c’était privé et accessible aux seuls propriétaires des jardins. Mais la dame m’a très gentiment indiqué qu’un peu plus loin je pourrais trouver quelque chose d’y même genre, et public. Le hic, c’est que je n’ai pas compris le mot clé de son explication, ça ressemblait à « chisque »…
Bref, j’ai écumé le plan du village pour tenter de repérer ce dont elle parlait, mais sans succès. Par contre j’ai découvert que non loin de là coulait la Delft, qui est donc une rivière, et c’est donc par là que j’ai fait ma deuxième promenade vespérale !
De retour à la maison, j’ai rentré mon vélo dans ma petite chambre, pas très rassurée de le laisser dehors et même pas sous abri.
Samedi 13 mai: Assendelft – Zaandam – Amsterdam (33 km)
Je suis debout à 7h, après une très bonne nuit, où seul mon genou gauche m’a un peu ennuyée, ce qui démontre au passage que ce n’est pas le vélo, mais la marche qu’il n’aime pas.
Je patiente gentiment dans ma chambre jusqu’à 7h45, Cynthia m’ayant demandé si le petit-déjeuner ne pouvait pas être à 8h plutôt que 7h30, mais finalement je n’y tiens plus et en effet, tout est prêt, sauf les croissants qu’elle propose gentiment d’aller acheter à 8h, une fois que la boulangerie est ouverte. Mais moi, stoïque et ayant déjà englouti un yaourt au muesli et deux petits pains aux granulés de chocolat, je refuse.
Je me mets donc en route à 8h20, toujours hésitante sur le programme : Nicole m’a recommandé un moulin très spécial à Zaandam, ça me tente évidemment mais il est très excentré par rapport à mon itinéraire. D’un autre côté il est encore très tôt, et je peux prendre le train de 11h28 si je n’ai pas celui de 10h28…
Tout au long des 8 premiers kilomètres, je joue avec l’idée, sans vraiment me décider. il fait beau, j’ai le temps, la campagne est belle… et finalement, c’est une erreur d’aiguillage qui me fait me décider : m’étant trompée de chemin à un carrefour, je décide de ne pas faire demi tour et d’aller voir ce fameux moulin, qui est quand même à près de 5km de là à en croire Google Maps, que j’active pour cette portion de trajet.
Je longe une voie de chemin de fer pendant plusieurs kilomètres, je passe sous un bâtiment très spécial, qui s’avère être la gare centrale de Zandam, inspirée de l’architecture traditionnelle de la région du Zaan. à deux pas de là se trouve l’hôtel Inntel, composé de façades typiques qui se chevauchent sur 40m de haut. Malheureusement, je l’apprends trop tard pour faire le petit crochet.
Finalement, je bifurque à droite, fais quelques centaines de mètres et vois un moulin turquoise tout à fait charmant sur la droite. Serait-ce le fameux moulin de Zaandam ? Mon gps a l’air de dire que c’est plus loin, alors je suis ses instructions : je passe sur un grand pont qui surplombe la Zaan, et là, soudain sur ma gauche, ce n’est pas un, mais cinq, six, sept, huit moulins ! Et d’ailleurs aussi pas mal de Japonais…
C’est absolument charmant, mais visiblement aussi touristique que Kinderdijk. En fait c’est le village de Zaanse Schans, mais je ne découvrirai que dans le train de retour. Et c’est un petit village typique, hyper touristique comme de juste, dont certains des moulins (encore en activité d’ailleurs) viennent en fait d’ailleurs : entre 1961 et 1974, de nombreux bâtiments des villes et villages voisins, dont des moulins, ont été démontés, reconstruits et restaurés à Zaanse Schans : la région était aux 18è et 19è siècle une importante zone industrielle dont les moulins produisaient de l’huile de lin, de la moutarde, du papier, du tabac ou encore de la peinture, et Zaanse Schans est le fruit de la volonté de conserver une trace de ce passé industriel ainsi que du patrimoine traditionnel néerlandais, tout en attirant les touristes, évidemment !
Bref, c’est à la fois très mignon et atroce, et encore : il est à peine 9h15, en ce samedi matin, et il y a déjà un type avec un fanion brandi qui draine sa cohorte de touristes…
Heureusement, il y a un chemin piéton (déjà bien plein) et une piste cyclable juste à côté, où il y a en fait plus de touristes piétons qui n’ont pas compris le concept que de cyclistes, mais qui reste tout-à-fait praticable pour peu d’actionner de temps en temps rageusement sa sonnette…
Je longe donc l’enchaînement de moulins, puis je décide de jouer la prudence et de faire demi tour pour retrouver mon itinéraire Komoot. Et c’est comme ça qu’à 10h, après 25km, je monte dans le dernier bac de ce périple, qui me mène de Zaandam à Amsterdam.
Je suis à la gare à 10h48, après avoir fait 33km. Et il est absolument certain que si j’avais eu une idée précise de l’endroit où ce trouvaient ces moulins, j’aurais pu faire vachement plus court ! Mais qu’importe ? Ce qui compte, c’est le chemin, non ?
L’entrée à Amsterdam est un enchantement, comme chaque fois d’ailleurs que j’y passe. Le problème étant que ces 30 dernières années, je n’ai jamais fait qu’y passer, et même la fuir, comme en 2012, lorsque j’ai fait mon précédent Malines – Amsterdam (par un tout autre itinéraire) : la circulation cycliste m’avait épouvantée, après mes quatre jours de calme et de silence, et je m’étais empressée de m’éloigner du centre. Une chose est sûre : il ne faut pas venir à Amsterdam à vélo ! Mais j’aimerais vraiment y revenir un jour ! On y sent déjà la mer, et les constructions modernes le long de l’eau me font maintenant irrésistiblement penser à Aarhus… en moins bien évidement, mais à peine !
Mais ce voyage-ci est terminé. Il ne me reste qu’à monter dans le train de 11h48, qui me fait repasser en quelques heures à Breda, puis à Malines…
Et j’aurai encore certainement quelques petites choses à écrire, tout bientôt, en guise d’épilogue.
Une semaine après notre retour, le moment est venu de mettre par écrit ce qu’on pourrait appeler un bilan ou un épilogue à ce voyage.
Après une semaine d’Allemagne (pays relativement familier, où nous avions déjà voyagé à vélo plusieurs fois), le Danemark fut une arrivée en terra incognita. Aussi, c’est surtout de ce pays que je parlerai ici. On s’attendait, Scandinavie oblige, à ce que le coût de la vie y soit élevé, et l’expérience nous a donné tort, sauf peut-être pour les hébergements, où nous avons, pour un budget similaire, logé « moins bien » au Danemark qu’en Allemagne : plus de B&B, de pensions ou de « campings améliorés », nettement moins d’hôtels.
Mais surtout, ce que je retiens du Danemark, c’est…
Les drapeaux danois partout, bien sûr. Sur les maisons, le long des routes, sur des cailloux peints, etc.
En parlant de cailloux peints, l’omniprésence de cailloux : sur les routes soi-disant cyclables, sur les chemins d’accès aux maisons, en tant que (parfois énormes) supports aux numéros de rue ou nom des habitants, à l’entrée d’un chemin privé, en tant que stèles dans les cimetières, et puis évidemment en tant que supports artistiques pour des peintres amateurs qui exposent (vendent ?) ensuite leur production le long des routes. Nous n’avons cependant plus vu de vendeurs de cailloux peints sur la côte est, peut-être parce qu’elle est plus prospère que la côte ouest ?
Toujours au niveau du « décor », les éoliennes, évidemment. Par centaines, en véritables champs, et vu le vent qu’on a connu, on ne s’étonne pas de leur présence.
Le Danemark, ce sont aussi ces chalets en bois, généralement peints en noir, mais plus encore les petites barrières en bois blanc qui délimitent souvent les propriétés. Et puis les églises, bien sûr, tellement différentes des nôtres, tellement semblables entre elles aussi, ce qui me les rend d’ailleurs sympathiques : comme si le but, ici, était uniquement de fournir aux fidèles un endroit où se rassembler, sans que personne ne songe à jouer à « qui a la plus grande »… Quant aux moulins, moins nombreux qu’aux Pays-Bas, ils sont aussi assez différents, avec un sommet en forme de bulbe assez curieux et charmant.
Je ne conseillerais pas le Danemark (ou en tout cas le Jutland) aux gastronomes, et certainement pas s’ils sont végétariens. Nous avons été frappé par le peu de diversité de l’offre en matière d’Horéca, et surtout en matière de restauration : le « fish and chips » est omniprésent, et on trouve assez facilement une pizza ou un hamburger, mais au-delà de ça, c’est nettement plus hasardeux. C’est certainement différent dans les grandes villes, mais il y a peu de grandes villes au Danemark, justement !
Le Danemark n’est pas non plus un pays de noctambules, en tout cas pour ce qui est du repas du soir, car s’il est extrêmement simple de trouver à manger un repas du soir à 16h30, c’est nettement plus compliqué après 20h…
Deux grands points positifs pour terminer : d’abord, la gentillesse des Danois, et l’atmosphère de confiance qui règne : les portes sont souvent ouvertes, on peut laisser son vélo devant un magasin sans crainte le temps d’une course (il paraît que les locaux y laissent même parfois leur bébé, mais nous n’avions pas de bébé pour tester…), et nous nous sommes même vus prêter sa voiture par notre hôte, un soir où il pleuvait à verse, et où il n’a pas voulu nous laisser repartir à pied au restaurant. Plus généralement, nous avons été frappé par la relative « froideur » des Danois lorsqu’ils n’ont rien de particulier à dire, mais également par le fait que plusieurs d’ente eux sont venus spontanément nous parler, parfois longuement, lorsqu’ils pensaient pouvoir nous aider.
Ensuite, l’espace. C’est un petit pays, mais l’un des moins peuplé du monde, avec ses 136 personnes par km2 (et 101/km2 pour le Jutland). D’où une impression d’espace omniprésente. On peut rouler pendant des kilomètres, parfois même des dizaines de kilomètres, sans apercevoir autre chose qu’une maison isolée, mais pas le moindre village, commerce, etc.
La grande question pour terminer : et ensuite ?
On ne poursuivra pas selon notre idée de départ, en continuant la North Sea Cycle Route vers la Suède et la Norvège, ça, c’est sûr : ces contrées nous paraissent trop inhospitalières aux cyclistes « pépères » que nous sommes.
Par contre, personnellement, j’ai très envie de poursuivre la découverte du Danemark, justement vers ces contrées que j’imagine plus hospitalières, plus à l’est et plus citadines. Je maintiens mon coup de coeur pour Aarhus, et je me verrais donc bien repartir de là et rouler vers Odense et Copenhague, via un itinéraire à imaginer entre les 3 grandes villes du Danemark.
Voyager avec un linguiste, c’est aussi avoir l’attention attirée par les similitudes, nombreuses, entre le danois et les langues germaniques. Allez, à vous de jouer maintenant !
Après avoir longuement hésité, on a décidé de jouer la sécurité et de prendre le train de 8h11, et pas celui de 9h11. On a donc mis notre réveil à 6h40 pour être à 7h au petit-déjeuner, mais on est éveillés avant le réveil.
Le plan fonctionne donc à merveille, et mon pneu est toujours bien gonflé. On se met donc en route pour la gare à 7h30, et on monte dans le train « let » (léger) qui va nous mener à Aarhus.
Juste avant Aarhus, le train longe quasiment la plage et la baie, ce qui nous donne l’occasion d’avoir une superbe vue sur la ville, en tout cas sur son port et sa partie moderne. Waouw ! Je suis émerveillée et une chose est d’emblée sûre pour moi : Je veux revenir à Aarhus !
Ça tombe bien, car en fait on va y rester quelques heures : au départ on devait juste y acheter nos tickets pour la suite du voyage, puisqu’il était impossible de le faire de la gare de Grenå. Mais les choses s’avèrent plus compliquées que prévu puisqu’on apprend qu’on devait réserver les places dans les trains pour nos vélos, ce que personne ne nous a jamais dit ! Le premier train dans lequel on peut encore monter part à 13h32, et il n’est même pas 10h…
Je suis enchantée : voilà l’occasion rêvée de partir à la découverte de cette ville qui a l’air magnifique, et pour laquelle j’ai tout de suite eu un vrai coup de foudre !
On commence donc par retourner au bord de la baie, d’où on s’occupe de réserver notre train allemand du jour, car on n’a toujours nos billets que jusqu’à Flensburg. On n’arrivera à Kiel qu’à 20h passé, mais de toute manière Ingo a le covid et on ne pourra donc pas le voir.
On repart ensuite vers l’entrée de la baie, qui est bâtie de constructions très modernes, pas toujours terminées d’ailleurs. Ça me fait un peu penser à Montpellier.
Le temps est magnifique et propice à la baignade, mais il y a décidément trop de méduses. On voit quelques personnes s’y risquer, mais elles ne restent jamais bien longtemps dans l’eau, et on découvre d’ailleurs une sorte de piscine d’eau de mer, où l’eau est manifestement filtrée et au bord de laquelle se se prélassent pas mal de gens. Il y a aussi une sorte de piste de ski nautique avec des rampes, au niveau du bassin 7, qui a par ailleurs un petit air underground.
On revient vers le centre, et on prend notre repas de midi à la terrasse du Jorden Drejer : hamburger veggie pour nous deux, accompagné de drôles de frites crollées. Je profite de la proximité de magasins fort tentants pour m’acheter une petite robe, puis on se dirige vers la gare centrale, où on prend le train pour Fredericia de 13h32.
On arrive à 14h45, et on utilise le même plan : hop, sur nos vélos, direction la mer ! Cette fois, comme on n’a que deux heures, on ne flâne pas et on s’installe à la première terrasse au bord de l’eau qu’on trouve, au port de plaisance : le café Mums.
Le troisième train de la journée s’avère moins « partie de plaisir » : il s’agit d’un train pour Hambourg, annoncé voie 7, puis voie 3, puis voie 7, puis à nouveau voie 3. Et évidemment, chaque fois, on transhume d’un quai à l’autre, ainsi que tous les autres voyageurs. Heureusement qu’il y a des ascenseurs ! Quand le train arrive enfin, il y a un wagon vélo, mais on y accède par quatre hautes marches. Pas facile avec deux vélos lourdement chargés ! Autre problème : on a des places réservées dans ce train, mais ce sont les mêmes pour nous et pour nos vélos ! Les places 51 et 52 étant des strapontins, j’imagine qu’on est supposés s’y asseoir avec nos vélos sur les genoux…
Le train est plein de gens épuisés et en nage, ce qui n’est pas étonnant puisque la température a considérablement augmenté depuis notre départ de Grenå ce matin. Et pour ne rien arranger, il y a là une ribambelle de scouts qui s’avèrent avoir réservé les places où nous nous sommes assis. On en est quitte pour changer de place…
Le mystère s’éclaircit un peu plus tard, quand Philipp pose la question au contrôleur : en fait, on aurait dû réserver des places assises pour nous, et pas seulement des places pour nos vélos.
A Flensburg, passé la frontière allemande, on manque de temps pour faire du tourisme, et puis on fatigue un peu. Je vais m’acheter un paquet de biscuits pour tenir le coup, et comme notre train pour Kiel a du retard, on en profite pour appeler Ingo. Finalement, le train arrive vers 19h25 (avec 20 min de retard), et l’affichage indique qu’il ne va pas jusqu’à Kiel. On monte dedans quand même, sans trop savoir où il nous amènera…
Finalement, il nous amène à Kiel, avec beaucoup de retard, mais on y est ! Il est 21h30 quand on arrive à notre hôtel, heureusement tout proche.
Et histoire de quand même voir vu quelque chose d’autre à Kiel que la chambre d’hôtel (mais surtout de se détendre un peu après ce long voyage), on ressort encore boire un verre à une terrasse toute proche.
Puisque c’est une journée de repos, on la fait cool – disons plutôt qu’on tente de ménager la chèvre et le chou. Après le petit-déjeuner, on va donc faire une petite balade sur la plage. Il fait un peu frisquet et il pleuvine même un peu, alors qu’en Belgique on annonce 36°…
Ensuite, on se repose un peu, puis on repart à vélo vers le centre (prendre des informations à l’office du tourisme sur la meilleure manière d’aller en train jusqu’à Kiel demain), puis à la gare (découvrir qu’il est impossible d’acheter un billet pour le lendemain via les bornes automatiques, et qu’il n’y a évidemment pas de guichet), puis enfin vers le Baunhøj Mølle (un moulin qui surplombe Grenå et d’où on a du coup une vue splendide sur la ville).
Ensuite, on retourne dans le centre, on mange un bout dans une sorte d’Exki local, et on repart à la découverte de Grenå Plantage, une sorte de réserve naturelle située non loin de notre hôtel, où il y a parait-il un petit lac où, si le temps l’avait permis, on aurait pique-niqué, mais là il fait toujours un brin frisquet. Il y a en effet un petit lac, mais aussi des moutons, des vaches, des pins, des sentiers de gravier, bref tout ce qu’on a déjà vu avec ravissement pendant ces dernières semaines…
Je m’émerveille de parvenir à photographier un criquet à plusieurs reprises sans qu’il détecte ma présence, jusqu’au moment où je me rends compte qu’en fait, il est mort.
En fin de journée, après une petite pause à l’hôtel, on repart par la plage, à pied, en direction du port. Le soleil a percé et il fait maintenant magnifique, au point que je m’offre une mini-baignade dans le Kattegat. « Mini » parce qu’il y a tout de même beaucoup de méduses sur la plage et dans l’eau.
On va s’installer comme hier à la terrasse du restaurant Casablanca Venezia, où on a déjà mangé hier : la formule « buffet », même si elle est chère pour quelqu’un qui ne mange que des légumes et du fromage, m’a vraiment conquise, et d’ailleurs Philipp compense en prenant la même formule, mais en bien plus carnivore ! Il fait une magnifique photo de moi, floue. Mais la dame derrière, elle, est parfaitement nette.
Au retour, on s’offre un petit détour par le bout de la jetée, histoire d’être allés jusqu’au bout, tout simplement !
Eh bien, on a passé une excellente nuit, peut-être parce que pour une fois, on avait un store ET des tentures, et qu’il faisait donc raisonnablement sombre dans la chambre, même une fois le soleil levé. Du coup, j’ai ouvert un oeil à 7h30, juste à temps pour qu’on soit au petit-déjeuner à 8h. Petit-déjeuner par ailleurs à la fois beau à regarder et délicieux, même si comme toujours ici, il vaut mieux aimer manger salé dès le matin, ce qui n’est pas mon cas…
Notre hôte était charmant, et sa maison spacieuse et décorée avec goût. Un amateur de vin, semble-t-il à un juger par le nombre de bouteilles et de verres de toutes formes qui décorent son intérieur. On le plaint, car il ne doit pas être facile de trouver du bon vin au Danemark : mes quelques tentatives de commander un bon verre de vin se sont toutes soldées par un échec cuisant…
On n’était pas seuls dans ce B&B (qui ne s’appelle pas comme ça, mais qu’importe : on sait maintenant qu’au Danemark, il y a des B&B qui ne font qu’un B, et des « Molino » qui sont en fait des B&B). Les autres hôtes de notre hôte (ah la langue française…) étaient des Belges aussi, mais on n’a vu que leur voiture.
Le beau temps semble avoir vécu. Il fait gris, 14 degrés et la météo annonce un temps pluvieux pour toute la matinée. On a bien fait de se baigner hier !
Mais qu’importe, on se met en route tranquillement vers 9h30, puisqu’on a une toute petite étape aujourd’hui. Avant, il faut évidemment que je regonfle mon pneu avant, qui est complètement plat.
Notre route s’éloigne rapidement de la côte (ça veut dire que ça monte), et on traverse à nouveaux des paysages magnifiques, une forêt, des champs de blé à perte de vue, de superbes routes asphaltées en lacets où on se prend à exploser des records de vitesse, sans aucun mérite puisqu’on a le vent dans le dos ! Heureusement, que nous ne sommes pas dans des zones 30…
On voit assez rapidement Grenaa dans le lointain, grâce à des espèces de gigantesques échelles qui se dressent vers le ciel, semblables à celles qu’on a vues à Frederikshavn. Aucune idée de ce que ça peut bien être, mais c’est repérable de loin. Plus tard, c’est le phare de Grenaa qu’on aperçoit, et puis on fonce jusqu’à l’embarcadère, puisque c’est là que nous amène la Rute 5 (portion danoise, côté est, de la North Sea Cycle Route) et que Philipp tient beaucoup à déterminer la « fin officielle de notre voyage ». Pour moi, la fin officielle de notre voyage, c’est quand on arrête de pédaler et qu’on monte dans le train, mais bon, ne dit-on pas que la différence est une richesse ?
De toute manière, l’intérêt de l’embarcadère vers la Suède est triple : d’abord, on y trouve aussi un joli petit port de plaisance; ensuite, on y trouve un marchand de glace (et une vendeuse « bien » voilée, mais bon, ça ne pouvait pas être parfait); et enfin, on a presque l’impression d’avoir quitté le Danemark, puisqu’en repartant, on y voit des panneaux de bienvenue au Danemark, destinés bien sûr à ceux qui débarquent de Suède, mais qu’on prend pour nous.
On roule encore un petit kilomètre et demi pour rejoindre notre hôtel, où notre chambre est déjà prête et où on s’installe donc aussi sec !
(Pour ceux que ça intéresse, je continuerai à raconter jusqu’à notre retour à Bxl, mais ce sera moins cycliste, évidemment)
On était à 11h au port, après 28km, et peu avant midi à notre hôtel. Ma priorité, puisqu’on est dimanche, c’est d’écrire ma chronique pour Marianne. Ensuite, on repart à vélo vers le centre ville, assez étrangement situé à 3 km du port. La ville est déserte, en fait : tout est fermé, même la plupart des cafés et restaurants.
On finit par s’arrêter près de l’église à la terrasse du café La Casa, où on teste enfin ces fameuses gaufres belges qu’on a déjà croisées plusieurs fois au cours de notre voyage. En réalité, ce sont des sortes de gaufres de Liège, surmontées de boules de glace et accompagnées de chantilly et de fruits rouges. Pas mauvais, mais sans comparaison avec une vraie gaufre liégeoise…
L’établissement est juste en face du musée de l’Ostjylland, qui est tout aussi fermé que tout le reste, mais est néanmoins une bâtisse magnifique, au style plutôt alsacien que danois d’ailleurs.
On repart ensuite à vélo vers le port, puisqu’on n’a pas trouvé au centre-ville de restaurant attrayant pour le soir. On fait un petit arrêt dans un cimetière dont les murs d’un beau jaune vif m’ont intriguée, et où l’on remarque que les stèles de beaucoup de défunts (surtout hommes, mais pas seulement) mentionnent leur profession.
Une fois arrivés au port, Philipp réclame qu’on mette enfin en pratique le concept (qui m’est assez étranger, je dois bien le dire) de « journée de repos », et en conséquence de quoi va m’attendre à la terrasse du Casablanca, que j’ai sélectionné entre tous pour notre repas du soir, pendant que je pars à pied faire un petit tour du port, côté plage et côté Marina.
Je le rejoins ensuite pour un délicieux repas à a terrasse du Casablanca, qui propose un extraordinaire buffet italien où je peux déguster olives, artichauts grillés, tomates séchées, fêta, mozzarelle, taboulé, poivrons farcis, etc. Un vrai délice !
Nous rentrons ensuite à l’hôtel, où après avoir entreposé nos vélos, nous allons encore à pied jusqu’à la plage toute proche. Ce qui nous donne l’occasion de découvrir que dans ce que nous pensions être des dunes, entre l’hôtel et la plage, il y a en réalité tout un quartier de maisons en bois, dont le premier étage donne une vue imprenable sur la plage et la mer.
Allez, un petit bilan pour terminer le récit de cette dernière journée de voyage : sans compter les kilomètres parcourus depuis notre arrivée à l’hôtel, nous avons fait en trois semaines, de Cuxhaven à Grenå, 1321 km, avec un dénivelé total de 2480 mètres.
Ce matin on prend le petit-déjeuner au château, ou presque !
En effet, l’hôtel est manifestement une autre dépendance du château, et la comtesse nous y accueille d’ailleurs en jeans et long t-shirt rose informe. On la reconnaît car elle est sur LinkedIn, où elle se présente comme cherchant un emploi. Décidément, la noblesse n’est plus ce qu’elle était …
L’hôtel est charmant, la décoration de très bon goût, mais le petit-déjeuner n’est pas très adapté aux végétariens qui mangent sucré au petit-déjeuner … Je me résigne donc à prendre une portion d’omelette, sans prendre garde au fait qu’il y a dedans de petits morceaux de lardons… Bon, j’ai dû manger 5 grammes de porc, je n’en mourrai pas et lui l’était déjà. Mais rien à faire, moi qui adorais ça, je n’y trouve plus aucun plaisir et laisse les autres morceaux sur le côté de mon assiette.
On se met en route vers 9h, non sans que j’aie gonflé déjà deux fois mon pneu avant : je l’avais regonflé en quittant le B&B, mais une heure après, en sortant de l’hôtel situé à 100m, il était de nouveau tout flapi. Ça s’annonce mal…
La journée, cela dit, s’annonce magnifique : le soleil brille, le ciel est bleu, il fait déjà assez chaud, et le vent ne souffle pas trop fort. On se met donc en route avec entrain, et on arrive rapidement à Hadsund (nous logions en réalité plutôt à Visborg hier, à quelques kilomètres de Hadsund), où on s’attend à prendre un bac, mais en fait c’est un pont au-dessus du Mariager Fjord, qu’on longe ensuite sur quelques kilomètres, avant de s’en éloigner pour emprunter une route assez vallonnée mais magnifique.
J’aperçois soudain un animal sur ma droite, et je m’écrie « Oh regarde, une biche, ou un faisan ! ».
Je me rends compte en le disant que quelque chose ne va pas, que j’ai dit « faisan » au lieu de « faon » bien sûr. Ça fait bien rire Philipp, qui en rajoute une couche :
« Oh regarde, un mulot, ou un rhinocéros ! »
« Oh regarde, une sardine, ou une baleine ! »
On est morts de rire tous les deux !
Mon pneu, par contre, ne rigole pas. Je pensais pouvoir me contenter de le regonfler tous les 10km, mais il ne tient même pas aussi longtemps. J’essaie de rouler plus vite qu’il ne se dégonfle, mais il est coriace… Lorsqu’on arrive à 11h au bac qu’on doit prendre à Udbyhøj, je l’ai déjà regonflé trois fois, et on n’a fait que 27km.
Il va donc falloir prendre le taureau par les cornes et réparer. Heureusement, une bassine d’eau traîne à proximité, et on n’a pas trop de mal à repérer l’origine de la fuite. Ensuite, une rustine, « Et klet, c’est collé », il est 11h40 et on peut repartir !
On ne croit plus vraiment à la la possibilité de trouver un resto ou même un supermarché, puisqu’il n’y a pas vraiment de ville ou de gros village dans la région qu’on traverse. On s’arrête donc à 12h30 dans le cimetière de l’église d’Estruplund, après avoir roulé 36km, pour un pique-nique frugal : noix de cajou et biscuits salés.
J’aurais bien visité l’église, mais elle est fermée, apparemment pour cause de mérule. Le cimetière est très joli, et j’aime beaucoup les tombes danoises, généralement des sortes de jardinets, pas de tombes, juste des stèles.
Il y a même des toilettes publiques dans le cimetière, gratuites et très propres, mais dont la porte en bois grince horriblement. Dans pareil cadre, si on était le soir, on se croirait dans Thriller !
On reprend la route, les paysages sont toujours aussi magnifiques et la route « délicieusement vallonnée ». C’est comme ça que je l’ai formulé dans ma tête, tout en roulant. Il faut dire qu’on a le vent dans le dos, et qu’on avance donc bien, même quand ça monte – et même si Philipp souffre toujours du dos.
On fait un bref arrêt près d’une grande ferme, et la propriétaire des lieux vient spontanément nous proposer de remplir nos gourdes au robinet, ce qu’on accepte avec reconnaissance : l’inconvénient des pique-nique dans la nature, c’est qu’on ne peut pas se réapprovisionner en boisson. On papote un peu, la dame est curieuse de savoir où on vient, Philipp lui dit « Hadsund », elle ne voit absolument pas ce dont il parle, il répète, et elle finit par comprendre et prononcer à sa manière. On comprend soudain pourquoi certaines mauvaises langues prétendent que le danois n’est pas une langue, mais une maladie du larynx…
Moi, je fraternise avec un chat, qui n’a aucun problème à me comprendre, et vice versa d’ailleurs.
Ensuite on repart, on refuse mordicus le chemin de graviers que la « Rute 5 » veut nous faire emprunter – ça fera un petit détour, mais tant pis – et on continue d’admirer ces magnifiques paysages. Ici, sur la côte est, les paysages me paraissent plus terrestres, moins sableux que dans sur la côte ouest. Il y a toujours beaucoup de forêts, mais aussi des champs, des cultures, et plus du tout cette lande qu’on a tant traversée quand on était « de l’autre côté ».
On fait encore un petit arrêt à un château, le Meilgaard, quelques kilomètres avant d’arriver. Juste comme on s’arrêtait pour le photographier, un cycliste local nous en a longuement expliqué l’histoire, on va donc y jeter un oeil.
On arrive un peu avant 16h à Bønnerup Stand, au « Molino », qui comme son nom ne l’indique pas, est en réalité un B&B, et non un hôtel. On s’installe sommairement et on repart pour la plage, où on s’offre tour à tour (car il faut que l’un des deux garde les affaires, non à cause des voleurs – la plage est déserte – mais à cause du vent, qui souffle quand même fameusement et risquerait de tout emporter) une baignade ! C’est notre première baignade depuis notre départ, et elle a lieu dans le Kattegat, dont nous pouvons vérifier qu’il est en effet bien plus chaud que ne l’est la mer du Nord.
Ensuite, on va repérer les environs, à la recherche d’un restaurant pour le soir, et on finit par découvrir l’hôtel Kattegat, qui propose des formules buffet (« pasta » ou « grill ») et où j’espère donc trouver un petit quelque chose de végétarien.
Finalement, c’était le jour « buffet », avec un seul buffet où je me suis gavée de gratin dauphinois, de petits pois, de fêta, d’olives noire et de salade. Eh bien je n’avais plus si bien mangé depuis longtemps ! Pareil pour Philipp, mais dans un style nettement plus carnivore !