

On est éveillés à 6h20. Nuit excellente pour moi, moins bonne pour Philipp, qui a maintenant la phobie des bestioles qui le piquent la nuit ! Faut dire que quand on voit son dos et ses jambes, il y a de quoi !
Notre charmante maisonnette a un seul inconvénient : pas de petit-déjeuner possible. Mais qu’à cela ne tienne : j’ai encore une boîte entière de ces délicieux biscuits Nutella découverts en Allemagne, et Philipp a aussi encore quelques biscuits.

On déjeune donc, on prépare notre thé de la journée, et il est à peine 8h quand on se met en route, pleins d’entrain !

Il faut dire que notre itinéraire du jour promet d’être long, puisque je l’ai estimé à 80km, auxquels il faut encore ajouter une dizaine de kilomètres jusqu’à notre hôtel du soir, très éloigné de l’Eurovelo.

On roule d’abord à belle allure, et à 9h30 on a déjà fait 24km, dont un long passage dans une magnifique forêt, à la sortie de laquelle on perd le balisage… On suit alors notre itinéraire Komoot jusqu’à Rowy, où on fait une petite pause sur un banc faute de mieux, et où on retrouve d’ailleurs le balisage !
Ensuite commence un premier tronçon épouvantable dans un parc national, le Słowiński Park Narodowy, probablement magnifique mais dont on ne profite absolument pas tant le revêtement, atroce, nous oblige à garder l’œil rivé sur le sol et les mains crispées sur le guidon pendant les 5 kilomètres que dure cet enfer.



A la sortie du parc, on rencontre une famille de Polonais (papa, maman et le fiston adolescent) avec qui on échange poussivement quelques mots : le fiston et Philipp parlent anglais, et le père me montre un itinéraire. Ça n’a l’air de rien, mais ce fut un instant d’intense sociabilité !
Un peu dégoûtés des parcs nationaux après cette expérience, on décide de renoncer au deuxième parc national de la journée, qui nous aurait fait faire un grand détour par le nord, et de couper court à travers de petits villages, « sur des routes asphaltées » (dixit Philipp, se fiant en cela à Komoot – grave erreur). À une route asphaltée succèdent en effet un tronçon qui ne l’est pas, puis une route faite de grosses dalles de béton disposées à la va comme je te pousse. Après 44 km, dont près de la moitié à ce régime, on est fatigués, on n’a pas trouvé le moindre établissement où boire ne serait-ce qu’un café, et on tente donc un petit arrêt grignotage au bord d’un lac. Mal nous en prend : l’endroit est infesté de moustiques et de taons !




On retrouve là deux cyclotouristes déjà rencontrés hier, dont l’un que je surnomme « mon ami » sans savoir duquel des deux il s’agit : hier en effet, je photographiais une église en roulant alors qu’ils étaient derrière moi. L’un d’eux m’a alors lancé quelque chose dont je n’ai compris que le mot « selfie », et j’ai répondu par la négative. Ensuite, on s’est encore dépassés mutuellement quelques fois, et voilà qu’on les retrouve ! Cela dit, notre amitié ne s’est pas épanouie davantage depuis la plaisanterie sur le selfie…
Après le lac, le pire restait à venir : on espérait trouver à manger à Glowczyce, et on suivait donc la route qui y menait. Sauf qu’un moment donné, plus de route : juste deux chemins de terre, l’un droit devant, l’autre à gauche. Philipp demande alors notre chemin à une dame, qui nous explique en polonais (évidemment) qu’on doit soit aller tout droit, soit rebrousser chemin et prendre un autre chemin, qui se trouve être notre itinéraire balisé, lequel doit nous mener à une grand route. On opte donc pour cette seconde solution, et on se retrouve dans un atroce chemin de terre, cailloux et sable, où quand le sable domine on dérape évidemment dangereusement… Tout ça avec en plus des nuées de moustiques et de taons qui ne cessent de nous attaquer !

Ensuite, c’est la grand route, mais toujours pas le moindre établissement. On s’arrête donc au Zabka café, sur un parking de pompe à essence. Le Zabka café est une sorte de supérette, miraculeusement agrémentée dans ce cas-ci d’une unique petite table et de deux chaises. On s’achète de quoi manger, et on bénéficie pendant tout notre repas de la vue sur la pompe à essence, le car wash et une sorte de Hema local, ainsi que du bruit des moteurs qui tournent (c’est fou le nombre de gens qui vont faire une course rapide en laissant leur moteur tourner ici, que ce soit une voiture ou un gros camion de gaz). On a fait 50,8 km depuis ce matin, et il est 12h10 ! On est fourbus, et notre seule consolation est d’avoir vu plein de cigognes.

On repart une fois rassasiés pour la dernière partie de notre itinéraire du jour. Plus de surprise cette fois, puisqu’il suffit de longer la grand route qu’on vient de rejoindre sur 16km. Ce qu’on fait donc. Ce n’est pas toujours très rassurant car il n’y pas de piste cyclable ni de bas côté, on tient donc notre droite le plus possible en espérant que les automobilistes nous dépassent prudemment, ce qui est généralement le cas… sauf pour un taxi et un autocar : le premier nous colle puis nous dépasse en trombe alors que des voitures arrivent en face, et le second nous dépasse dans un virage, mordant sans complexe la ligne blanche !

Il est 14h15, et on a fait 67 km, quand on arrive à Wicko, au Pałac Poraj, qui porte bien son nom puisqu’on bénéficie d’une magnifique chambre et qu’on nous accueille en nous offrant un verre, alcoolisé ou non selon notre choix. On remet ce doux moment à après la douche, et on entrepose nos vélos dans une sorte de salles de fêtes sous tente.


Aujourd’hui, on fête nos 28 ans. On méritait bien une nuit dans un palace pour marquer le coup, surtout après une journée qui fut, je crois, la plus éreintante et la moins gratifiante de toutes, cyclistement parlant.
Après la douche, on redescend prendre ce fameux verre, un mélange de Prosecco et de jus d’orange, et on s’assure qu’il y a une possibilité de repas végétarien pour moi ce soir. Ouf, c’est le cas !

On s’offre donc un délicieux petit repas en amoureux. Comme je sais que certain(e)s aiment savoir ce qu’on mange, je précise : un potage aux champignons en entrée, puis un schnitzel à l’œuf pour Philipp, et pour moi une salade avec haloumi accompagnée de purée (ils n’avaient malheureusement plus de frites). Un verre de vin blanc avec l’entrée, un verre de vin rouge avec le plat. Et curieusement, on n’a pas eu de choix pour le vin. Mais le rouge, un Primitivo, était délicieux bien que servi sortant du frigo …


Eh oui, la gastronomie et l’œnologie polonaises ont leurs spécificités.
Ensuite, on tente un petit tour dans le parc plein de charme, et parsemé d’œuvres d’art, qui entoure le palace, mais les moustiques nous font vite renoncer.



