
Disons-le tout de suite : j’ai mal dormi. La Plaisanterie n’était probablement pas une bonne idée de lecture, finalement. J’ai l’impression d’avoir passé la nuit à en écrire une version personnelle. À cela s’ajoutent les moustiques, dont je m’étonne de n’avoir pas encore parlé alors qu’ils constituent un véritable fléau sur Rügen. Il m’est arrivé d’en avoir 7 ou 8 en même temps sur les jambes !
Avant d’entamer le récit de la journée, je dois encore préciser qu’hier soir, on a bien tenté de se faire livrer des pizzas. Mais les quelques « livreurs » qu’on a contactés se bornaient à permettre qu’on vienne chercher notre commande, ce qui n’était évidemment pas le but.
Tout ça pour dire qu’on s’est levés vers 7h15, que j’ai dû me contenter d’un petit-déjeuner frugal (je vais me transformer en noix de cajou !), et qu’on est ensuite partis à 8h10, par un temps sec avec même de temps en temps un rayon de soleil.

Après 10km sur une route et des pistes très vallonnées dévoilant des paysages superbes, on arrive à Lohme, où on s’accorde un petit tour au port avant de repartir. C’est très joli, mais on ne va pas vraiment au port en réalité, car celui-ci est plusieurs dizaines de mètres en contrebas. On se contente donc de l’admirer de haut avant de partir sans avoir trouvé l’établissement que j’espérais pour prendre enfin un petit-déjeuner digne de ce nom.


Vers 10h20, on arrive à Sassnitz après avoir roulé 24 km en traversant le parc national de Jasmund : des kilomètres à travers la forêt où ça monte, et ça descend et ça tourne, avec plein de graviers pour que notre plaisir soit complet, mais ça valait le coup, et ça nous a un peu protégés de la pluie qui s’est remise à tomber.

On espérait trouver un établissement au port de Sassnitz, et en effet il y en a plein, dont les terrasses nous tendent les bras… sauf qu’ils sont encore tous fermés ! Impossible d’avoir un café et un croissant, ou même une gaufre ou une part de cheese cake (toutes choses que je voyais annoncées)…


On repart donc, et après 2km supplémentaires, on arrive à un Netto, où je vais acheter de quoi nous faire un petit déjeuner de fortune. Il est peu après 11h, il est temps que je me mette autre chose que des noix de cajou sous la dent !

C’est au moment de repartir que je m’aperçois que mon pneu avant est complètement plat ! Pas étonnant, cela dit, avec le revêtement qu’on a dû subir depuis notre départ ce matin… On fait donc une fois encore appel à Touring, et on s’arme de patience. Quand je pense que j’avais prévu une étape courte aujourd’hui pour qu’on puisse aller visiter le site de Prora à notre aise !


Comme le dépanneur n’arrive pas, on s’achète également de quoi grignoter en guise de repas de midi, ce qui nous permet au passage de nous réchauffer un peu dans le magasin, car il ne fait vraiment pas chaud, il y a un sale petit vent froid et de temps en temps, il pleut !
Enfin, vers 14h15, on voit passer un véhicule ADAC, qui d’abord nous dépasse sans nous voir, puis heureusement revient et répare ma chambre à air.
Il est 14h35 quand on se remet enfin en route, par un itinéraire moins valloné que le matin heureusement, et à 15h45, après 40km et 400m de dénivelé positif, on arrive au Dormero hôtel, après avoir un peu flâné dans l’ancien domaine nazi de Prora, dont certaines parties sont en ruine, tandis que d’autres ont été complètement rénovées et transformées en appartements. Notre hôtel a d’ailleurs furieusement l’air d’en faire partie !


On y occupe une suite avec un salon, une kitchenette, et une grande salle-de-bains, du grand luxe !
On repart se balader par la plage jusqu’aux limites de Prora, puis retour par l’arrière des bâtiments jusqu’au restaurant italien qu’on a repéré en arrivant, Il Ristorante, où Philipp s’enfile une pizza et moi des pâtes aglio e olio. Ça fait du bien !

Prora, c’est à l’origine un projet architectural nazi visant à créer une station balnéaire pour le peuple allemand (aryen évidemment). Complètement mégalomane, il consistait en pas moins de 4,5km de bâtiments destinés à pouvoir accueillir 20000 personnes en même temps. Mais le projet n’a finalement jamais vu le jour, la guerre étant venu l’interrompre. Prora devient ensuite une base militaire de la RDA, et depuis 2004, les blocs sont vendus et convertis en projets immobiliers, tant résidentiels qu’hôteliers.
C’est vraiment très spécial de se retrouver dans ce qui pourrait très bien être un décor de film, mais qui a vraiment été un projet national-socialiste. Aujourd’hui, de « vrais gens », citoyens d’Etats démocratiques, se promènent dans ces allées, logent dans ces bâtiments, se baignent sur ces plages, et nombreux sont sans doute ceux qui n’ont pas la moindre idée de l’origine de ce site.