Épilogue

Voilà, nous sommes arrivés à la fin de ce voyage. Dans le train entre Copenhague et Hambourg, il est temps de mettre un point final à ce récit. 

Partis de Bruxelles le 31 juillet en train, nous avons mis trois jours à arriver à notre point de départ, Grenå, situé sur la côte est de la région du Jutland du Nord. Nous avons commencé à pédaler « vraiment » le 3 août, et notre tour a duré dix jours, au cours desquels nous avons parcouru 659 km (717,7 km en comptant les petits suppléments, c’est-à-dire les trajets cyclistes autres que ceux reliant un logement à un autre, par exemple pour aller manger le soir) jusqu’à Copenhague. Notre itinéraire fut à nouveau bien valloné, puisqu’en tout, nous avons eu 2710 mètres de dénivelés, sans pourtant jamais dépasser les 90 m d’altitude ! C’est plus que l’an dernier, où, de Cuxhaven à Grenå, en trois semaines et 1321 kilomètres, nous n’avions eu « que » 2480 mètres de dénivelé. Comme quoi, le Danemark est peut-être un pays plat, mais c’est quand même un pays fameusement valloné !

Le temps n’a pas toujours été de la partie, puisque nous avons essuyé des trombes d’eau le premier jour, la tempête Hans un peu plus tard, et de manière générale un temps plutôt frisquet (pas la moindre baignade cette année, c’est dire !), mais pour rouler, la température était finalement assez idéale.

Nous avons traversé plusieurs régions et îles : après le Jutland du Nord, puis central, nous avons franchi le Petit Belt pour arriver sur l’île de Fyn, où se trouve la ville d’Odense. Ensuite, nous avons traversé la petite île de Tåsinge pour arriver à celle de Langeland, que nous avons quittée en franchissant le Langelands belt (quittant ainsi la région du Syddanmark), en ferry cette fois, pour arriver à l’île de Lolland, puis à celle de Falster, puis enfin à celle de Sjælland, au nord-est de laquelle se trouve Copenhague. Six îles au total donc, et quatre régions, puisque Copenhague, bien que se trouvant sur l’île de Sjælland, constitue une région à part entière : Hovedstaden (c’est-à-dire la capitale).

Merci Wikipédia !

Concernant notre itinéraire, nous avions choisi de concocter le nôtre en compilant plusieurs itinéraires régionaux ou nationaux, voire internationaux (les eurovélos). Le balisage n’était pas toujours au top, il faut le dire : souvent, les Danois semblent pratiquer la co-construction des savoirs chère aux psychopédagogues modernes : le cycliste est clairement acteur de son apprentissage, pas question qu’il se laisse mener par le bout du nez par des flèches qu’il n’aurait qu’à suivre ! Non, à lui de trouver la bonne direction à prendre, puis un petit panneau lui confirmera (le cas échéant) qu’il a fait le bon choix. Et s’il s’est trompé, ben tant pis pour lui : il finira bien par s’en rendre compte tout seul.

Bref, mieux vaut utiliser un programme de navigation sur lequel on a préalablement enregistré son itinéraire ! 

Le balisage est toutefois nettement meilleur à l’approche et dans les villes, tout comme le revêtement d’ailleurs. Dans les campagnes (qui constituent quand même l’immense majorité du Danemark), certains tronçons pourtant prétendûment « nationaux » sont franchement impraticables avec un vélo classique, sans même parler de vélos de randonnée lourdement chargés, comme les nôtres.

Le Danemark en quelques mots-clés :

Boites-aux lettres : nombreuses sont celles où figurent des silhouettes figurant les habitants : parfois un papa, une maman et leurs enfants, parfois un couple de petits vieux, le tout parfois agrémenté des prénoms de ceux-ci.

Églises : de brique, souvent peintes en blanc ou en ocre, elles se découpent très visiblement dans le paysage, avec leur tour au sommet crénelé. Souvent, on n’en voit d’abord que la tour, et on s’attend donc à un bâtiment de taille assez modeste, avant de découvrir en s’approchant qu’en réalité, la nef est très grande. Mention spéciale, évidemment, pour la présence généralisée de toilettes publiques dans un bâtiment annexe à l’église. Et en plus, elles sont remarquablement propres (les toilettes, pas les églises), spacieuses et munies d’un lavabo.

Drapeaux : les drapeaux danois sont très présents dans le paysage, que ce soit aux façades des maisons ou ailleurs.

Cailloux peints : on en a moins vu que l’an dernier dans le Jutland, mais tout de même, les Danois semblent considérer la peinture sur cailloux comme une activité digne d’intérêt, non seulement pour soi-même (après tout, chacun fait ce qu’il veut de ses dimanches pluvieux), mais aussi pour autrui, puisque certains proposent leurs réalisations à la vente devant leur maison. Plus généralement d’ailleurs, ce qu’on appellerait chez nous des vide-grenier abonde, sous la forme de « loppe marked ».

Chevaux : clairement l’animal qu’on a vu le plus fréquemment au cours de ce voyage. Peu de moutons ou de vaches, mais beaucoup de prés dans lesquels paissent une dizaine de chevaux ou plus, parfois des poneys aussi. On a vu pas mal de guêpes aussi, parfois franchement agressives, mais je ne suis pas sûre que ce soit une caractéristique danoise…

Gentillesse : notre impression de l’an dernier se confirme, les Danois sont généralement très gentils. Ils ne trouveront pas le moindre prétexte pour vous aborder et entamer avec vous une conversation (contrairement aux Allemands), mais s’ils ont l’impression que vous avez besoin d’aide, viendront vers vous spontanément proposer la leur.

Plages et villages : il n’y a pas vraiment de cité balnéaire, en tout cas parmi les régions que nous avons traversées : manifestement, on va à la plage (en peignoir par exemple), on s’y baigne, on y reste si le temps le permet, mais on n’y installe pas toute une ville, avec ses commerces, son horéca et ses loueurs de cuistax… A front de mer, s’il y a des constructions, ce sont des villas privées, mais la ville ou le village proprement dit se trouve plus loin, à quelques kilomètres, à l’intérieur des terres.

Espace : c’est peut-être ce qui frappe le plus au Danemark. Que ce soit à la campagne ou en ville, il y a de la place, beaucoup de place, ce qui fait qu’on ne se sent jamais oppressé par le monde, la foule, etc. Sauf peut-être à Copenhague, qui, il faut le dire, concentre à elle seule à peu près le tiers de la population de l’ensemble du pays, et où nous sommes arrivés de surcroit le jour du lancement de la Pride !

Gastronomie : clairement pas la priorité des Danois… Ce n’est pas qu’on mange mal, mais la nourriture est simple et on ne fait pas de chichi : le restaurant a une fonction nutritive avant tout, et si on est végétarien, mieux vaut, plus encore qu’ailleurs, ne pas être trop difficile. Mais si on mange volontiers un burger végétarien par jour, on peut y vivre très heureux pendant de longues années !

Et maintenant ?

Nous avons passé deux nuits à Copenhague. Hier, nous sommes d’abord allés à Malmö (Suède) en train : nous avions évidemment vu la série Bron/Broen, été séduits par les personnages de Saga Norén, de la police criminelle de Malmö, et de Martin Rohde, policier danois, enquêtant ensemble sur des crimes commis aux alentours du pont de l’Øresund, reliant les deux villes. J’aurais beaucoup aimé emprunter ce pont à vélo (fût-ce en mettant nos vélos dans le train), mais Philipp s’est démis le dos le matin, et on a donc fait soft !

Malmö m’a semblé plus paisible que Copenhague, même si nous sommes arrivés en plein festival. Il faut dire qu’elle ne compte que 350 000 habitants environ, soit moitié moins que Copenhague.

Ensuite, nous sommes rentrés à Copenhague, et pendant que Philipp se reposait, je suis allée faire un petit tour à vélo dans la ville, histoire de voir le Nyhavn et Christiania, deux quartiers très différents mais qui m’avaient semblé valoir le détour.

Le quartier de Nyhavn

Nyhavn est ravissant, mais épouvantablement touristique, c’est la Petite rue des Bouchers, avec le canal en plus. Je n’ai donc fait que le traverser en poussant mon vélo, puis ai mis le cap sur Christiania, un ancien quartier militaire qui, une fois désaffecté, a été squatté par des hippies qui l’ont déclaré ville libre autogérée. Fondée en 1971, Christiania a subsisté ainsi jusqu’en 2013, avant que le gouvernement danois ne mette fin à l’expérience en imposant à Christiania les mêmes lois qu’à l’ensemble du territoire danois. Aujourd’hui, le quartier existe toujours, est inaccessible en voiture et m’a paru d’ambiance très bon enfant. L’histoire de Christiania vaut le détour, pour ceux que ça intéresse, en tant qu’expérience sociale.

Le soir, nous sommes allés manger dans un restaurant italien, L’Appetito, et au retour nous avons fait un petit détour vers le Planétarium et la chaine d’étangs qui le jouxte.

Ensuite dodo, car notre train pour Hambourg partait à 5h26 du matin ! Là, nous retrouverons Bernhard pour le repas de midi. Ensuite, nous passerons le reste de la journée à Hambourg, que nous quitterons demain matin pour Bruxelles.

Et après ?

Comme chaque fois, la question se pose : et après ? Que ferons-nous l’an prochain ?

Pas de projet bien défini encore, mais Philipp se verrait bien « terminer le Danemark », par exemple en reprenant à Fredericia mais en poursuivant cette fois notre voyage le long de la Baltique, vers Kiel, Lübeck ou même Rostock (tout dépendra bien sûr du temps dont nous disposons). Revenir au Danemark aurait l’avantage de nous permettre de mesurer nos progrès en danois d’ici un an, puisque nous avons tous les deux commencé à l’apprendre assidûment au cours de ce voyage !

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