Mechelen – Amsterdam (du 9 au 13 mai 2023)

Introduction

A l’origine de ce petit voyage en solitaire, une double frustration née de notre excursion automobile du 29 avril dernier au Keukenhof. A cette occasion, nous avions fait halte à Kinderdijk, pour voir les moulins dont j’avais un vague souvenir, datant de mon voyage de l’été 2012 (Malines – Amsterdam aussi, mais via la LF2). Mais on était pressés : on avait pris des billets pour le Keukenhof à 14h, pas question de traîner !

On a donc quitté très (trop) vite Kinderdijk, et moi, émerveillée, je me promettais déjà d’y revenir, mais à vélo. Qui plus est, le Keukenhof fut une grosse déception, car absolument bondé. Mais cela n’a fait qu’affermir en moi l’envie de remonter sur mon vélo pour un petit périple dans la région. Et une fois consulté mon agenda, quatre jours se sont avérés libres.

J’ai d’abord envisagé une boucle, d’Anvers à Kinderdijk, puis Delft et retour vers Knokke. Mais c’était un peu trop long pour 4 jours, et j’ai donc revu mon projet initial, d’abord pour cette raison, et puis en raison de contraintes logistiques et financières : je serais bien allée jusqu’à Marken, mais il n’y avait plus aucun logement disponible. J’aurais bien logé à Amsterdam et à Delft, mais c’était hors de prix. Je logerai donc successivement à Hoogstraten (à la frontière belgo-néerlandaise), à Made, à Gouda et à Assendelft (un peu au nord-ouest d’Amsterdam). Environ 220 km, mais je compte bien agrémenter ça de petits détours !

… D’ailleurs, avant même de partir, je décide de rallonger ma deuxième étape de 18 km : je passerai par Baarle et les Chaamse Bossen avant d’arriver à Breda, puis Made. De toute manière, mes hôtes du soir ne seront pas là avant 16h, donc inutile de courir ni de faire au plus court !

Mardi 9 mai : Mechelen – Hoogstraten (60 km)

Lever un peu avant 8h après une bonne nuit sans aucune douleur (merci la kiné hier !).

Je finalise mes bagages, et je m’aperçois que je n’ai pas mon billet de train pour Malines, alors que je l’ai réservé en ligne. Je recommence l’opération mais ne reçois toujours aucun billet par mail. Je finis donc par passer par l’application, et là ça marche enfin, j’ai mon billet aller, pour moi et mon vélo (7,20€) !

Peu après 9h, je me mets en route sous la pluie – la météo s’annonce d’ailleurs franchement merdique pour les prochains jours, avec même une alerte jaune « pluie » pour tout le pays aujourd’hui – et prends le train de 9h26 à Uccle Calevoet, jusqu’à Malines, où j’arrive à 10h13. 

La gare est en travaux, je dois donc descendre mon vélo par un escalier dûment pourvu d’une rigole pour les vélos, certes, mais pas du tout adaptée (comme toutes les rigoles, d’ailleurs) aux vélos nantis de bagages. Bref, c’est périlleux, mais j’y arrive sans lâcher mon vélo ni me casser le dos. Ouf.

Les trente premiers kilomètres ne sont pas désagréables, il y a de belles portions le long de la Nette, c’est calme, avec des hérons, des oiseaux qui chantent, des grenouilles qui coassent, et pas un chat. Je m’offre le petit plaisir d’un détour par le centre de Lier, assez charmant, mais je renonce à y manger. D’abord il est encore un peu tôt, et puis surtout, j’avais oublié comme c’est compliqué de voyager seule sous la pluie : pas question de s’arrêter à une terrasse, évidemment, mais il faut pouvoir garder son vélo à l’oeil, tout de même… Bref, il faut trouver un établissement qui permet de voir son vélo de l’intérieur ! Je continue donc mon chemin le long d’une horrible nationale (la N14), que je finis pas quitter pour une route plus calme: tant pis pour l’itinéraire Komoot, c’est vraiment trop moche ! Cela dit, c’est probablement parce que j’ai paramètre mon trajet en mode « vélo de course » pour avoir de bons revêtements… et avec cette pluie, pas sûr que les autres auraient été praticables ! 

Je fini par trouver à peu près ce que je cherche en la « personne » de la brasserie Den Draver, à l’entrée de Zandhoven. Il est 12h40, je commence à avoir bien faim, outre un impérieux besoin naturel à assouvir. J’ai fait 33,5 km depuis ce matin. 

S’arrêter, ça fait du bien, mais finalement pas tant que ça : mes vêtements sont trempés, mes chaussures, mes chaussettes et donc mes pieds aussi, et après avoir englouti mon croque-monsieur « zonder ham » et mon cappuccino, je n’ai envie ni de rester plus longtemps, ni de me remettre en route sous cette pluie… Mais je n’ai pas vraiment le choix, donc je repars, le long de cette horrible N14 qui va me mener jusqu’à Hoogstraten, où m’attend mon B&B.

L’avantage avec la pluie, c’est qu’on n’a aucune raison de flâner, donc je trace, soucieuse de me réchauffer et d’arriver… même si je n’ai aucune certitude qu’en arrivant trop tôt, je te trouverai pas porte close ! 

Arrivée à Hoostraten, je fais encore un crochet par le béguinage, que j’ai repéré sur la carte avant de partir, puis par le moulin, puis après 60 km, je me présente à mon B&B, où il n’y a évidemment personne pour m’ouvrir… J’appelle, tombe sur la boîte vocale du gars, laisse un message en espérant qu’il ne tardera pas à venir me sauver des eaux, et heureusement il me rappelle tout de suite, la femme de ménage qui était à l’intérieur vient m’ouvrir, je gare mon vélo derrière la (magnifique) maison, pose mes affaires dans mon adorable chambre et file sans attendre sous la douche !

Il faut dire qu’on pouvait difficilement faire pire, comme journée. Bon, évidemment, j’aurais pu faire une chute, ou avoir le vent contre… Mais c’était quand même assez moche, dans l’ensemble, à part de la sortie de Malines jusqu’à Lier. Sans compter les camions qui dépassent en trombe sur la nationale, m’éclaboussant de la tête aux pieds pendant que je roule dans les flaques ! 

Une fois douchée, je me fais un bon petit café et m’installe pour mes « écritures ». C’est à ce moment que je m’aperçois que j’ai dû oublier le câble permettant de charger les photos de mon appareil sur mon ordinateur… Je crains donc ne pas pouvoir partager avant mon retour à Bruxelles mes magnifiques photos de cette magnifique journée…

Mes écritures faites, je me remets en route, à pied cette fois, puisque Ada m’a promis des établissements à un quart d’heure de marche. J’espère aussi toujours trouver un magasin où acheter un câble, mais j’en serai pour mes frais… Le ciel est très menaçant, je fais un crochet par l’Albert Hein du coin pour acheter des noix de cajou pour demain (ça me manque parfois un peu, un petit truc à grignoter) et je me réfugie au Trefpunt, un hôtel restaurant, juste avant la grosse drache… qui dure pendant tout mon repas (délicieuses courgettes farcies accompagnées de frites de patates douces), toute ma bouteille d’eau, puis tout mon deca… Je finis par repartir sous une pluie un peu moins forte, et j’ai même le bonheur de voir un faible arc-en-ciel se dessiner au-dessus du moulin de Made !

A 19h30, je suis au lit, me demandant comment tenir le coup encore au moins une heure avant de sombrer. J’ai emporté un roman dont on m’a dit le plus grand bien (Le Mage du Kremlin) mais je pique du nez dessus…

Mercredi 10 mai : Hoogstraten – Made (72 km)

Je dors comme un bébé jusque 6h30 environ. Miracle : dehors il fait sec !

J’avais annoncé mon intention de petit-déjeuner à 8h, mais à 7h15, je n’y tiens plus, et puis j’entends du bruit, donc je me lance ! Je suis accueillie très gentiment par mon hôte, qui m’apporte tout de suite deux mini crêpes à la cassonade, en attendant la suite, qui s’avère royale : croissant, pistolets, tranches de pain, yaourt aux fruits, fromage et charcuteries, confitures et Nutella, kiwis et fraises, … Bon, évidemment, je fais mon tri dans tout ça, et je décline les oeufs qu’il se propose de me préparer. Je crois que ça ira comme ça ! Je confie également mes chaussures à mon hôte pour qu’il les mette dans le séchoir : je voudrais vraiment voyager les pieds secs, sans risquer de gâcher ma deuxième paire de chaussures, que je garde pour le soir…

Je met mets donc en route dans des chaussures sèches et bien chaudes vers 8h15, et après 7 minutes, je suis aux Pays-Bas ! Le temps est gris, mais sec, et je roule vers Baarle, puisqu’aujourd’hui, c‘est ma journée « détours pour ne pas arriver trop tôt ». Il me semble que tout est nettement plus beau depuis que j’ai passé la frontière, les paysages sont campagnards ou forestiers, il y a des lièvres, des lapins, des canards, des oies, et après 8 km, je vois même un daim, un chevreuil ou un truc du genre, que je m’empresse de photographier tandis qu’il s’enfuit. Mais comme c’est avec mon appareil photos et que je n’ai pas le câble, impossible de vous montrer ça !

À propos de câble, une fois à Baarle, après avoir fait le tour des panneaux (« Barle-Nassau » et « Barle-Hertog » selon qu’on est aux Pays-Bas ou en Belgique), je m’arrête dans un Hema dans l’espoir d’y trouver ce que je cherche, mais non. Par contre, à la sortie, j’ai une belle surprise : le soleil brille, le ciel est bleu, il fait magnifique ! 

La pluie d’hier avait un inconvénient dont j’ai oublié de parler : avec la buée sur ma sacoche, je ne voyais strictement rien à l’itinéraire affiché sur mon gsm (glissé dans le couvercle plastifié de ladite sacoche). Et le long des routes nationales, avec le bruit des voitures, je n’entendais pas non plus les instructions de Komoot. Bref, c’était parfois compliqué… Ici, soudain, la vie est belle, je vois et j’entends (si je puis dire) mon itinéraire !

Par contre, rien n’est parfait : qui dit temps sec dit retour des insectes, et m’en prendre un dans l’oeil me rappelle que j’ai des lunettes, que je m’empresse de chausser.

La route est magnifique jusqu’à Breda, sans une goutte de pluie. Je longe longtemps la LF13b (encore balisée), traverse une magnifique forêt, mais comme le temps devient menaçant, je joue la prudence et fini par m’arrêter après 37,7 km à Onder de Molen, à Bavel, après avoir un peu dévié de mon itinéraire pour aller vers le centre de Breda. Il n’est même pas 11h !

Ensuite, je peine un peu à trouver le chemin de Breda, j’ai l’impression de tourner légèrement en rond, et finalement je renonce à manger dans le centre de Breda et je m’arrête à midi la terrasse du Kogelvanger, un établissement situé en bordure du Mastbos. J’ai roulé 48km depuis ce matin, je suis en pleine forme, mais j’ai faim et m’offre un superbe lunch veggie: petite soupe tomates, petite salade, croquette de légumes, salade d’oeufs, morceaux de brie et divers pains. Un régal ! 

Je retrouve ensuite sans peine ma route vers le centre de Breda et le Markt, et je mets pied à terre pour faire un petit tour dans le Kapucijnenhof et le béguinage, situés juste à côté l’un de l’autre et à côté du parc Valkenberg. Puis, avant de me remettre en route, je prends un café au lunch room Canella, un établissement situé dans une sorte de cour intérieure, très calme, le genre d’endroit où j’ose laisser mon vélo (et mes bagages) seul pendant cinq minutes, le temps d’un pipi… 

Puis je me remets en route, pour mon logement du soir cette fois : assez de petits détours pour rallonger, je commence à fatiguer et 16h approche. Le temps se couvre, aussi, et il pleuvine même un peu pour agrémenter ma sortie de Breda (ce qui n’était franchement pas nécessaire, car c’était déjà assez moche comme ça !). Mais ce n’est pas assez pour sortir ma veste (et un peu bêtement, j’avoue que j’ai envie qu’elle reste sèche, celle-là, depuis que j’ai vu à quel point elle était désagréable à porter une fois trempée). Il est 15h40 quand j’arrive à mon B&B, après une très jolie route dans les champs et plein de chevaux dans une prairie, puis l’inévitable moulin – de Made, cette fois. Heureusement, Ada est là , et je peux tout de suite ranger mon vélo et prendre possession de ma chambre, au premier étage de la maison. C’est moins luxe qu’hier, mais tout-à-fait charmant, et je m’empresse de prendre une douche.

Les gens sont sympas, me demandent souvent où je vais, etc. Aujourd’hui un vieux en rolator à Breda voulait savoir si j’allais à Santiago de Compostelle ! Lui y était allé trois fois… 

Quand je dis d’où je viens et où je vais, les gens doivent se dire que c’est vraiment pas grand chose sur une journée. surtout aujourd’hui où il y avait 34km entre le départ et l’arrivée, sans tous les détours ! Mais en réalité, j’en ai quand même fait 72, alors que l’itinéraire que j’avais planifié pour rallonger, en passant par Baarle donc, n’en faisait que 52,2 !

Mes écritures faites, je me remets en route, à pied cette fois, puisque Ada m’a promis des établissements à un quart d’heure de marche. J’espère aussi toujours trouver un magasin où acheter un câble, mais j’en serai pour mes frais… Le ciel est très menaçant, je fais un crochet par l’Albert Hein du coin pour acheter des noix de cajou pour demain (ça me manque parfois un peu, un petit truc à grignoter) et je me réfugie au Trefpunt, un hôtel restaurant, juste avant la grosse drache… qui dure pendant tout mon repas (délicieuses courgettes farcies accompagnées de frites de patates douces), toute ma bouteille d’eau, puis tout mon deca… Je finis par repartir sous une pluie un peu moins forte, et j’ai même le bonheur de voir un faible arc-en-ciel se dessiner au-dessus du moulin de Made !

A 19h30, je suis au lit, me demandant comment tenir le coup encore au moins une heure avant de sombrer. J’ai emporté un roman dont on m’a dit le plus grand bien (Le Mage du Kremlin) mais je pique du nez dessus…

Jeudi 11 mai : Made – Gouda (61 km)

Hier soir, je me suis couchée avec l’impression très désagréable que l’absence de pluie avait eu une autre conséquence négative : le retour de mes allergies ! Mon nez coulait sans arrêt, heureusement que mes hôtes avaient mis à disposition une grande boîte de mouchoirs…

Ajouté à cela le fait qu’on entend tout dans cette maison et qu’évidemment personne ne va dormir à 20h (mes voisins de pallier sont arrivés pour leur installation vers 21h !), j’ai passé une nuit horrible. Et au cours de la nuit, au nez qui coule s’est ajoutée une gorge très douloureuse. Exactement ce que j’avais quelques jours avant de partir, mais en pire… Et à 6h du matin, je me suis mise à saigner du nez, pour que mon bonheur soit complet.

Bref, à mon avis ce ne sont pas les allergies, mais plutôt mon microbe ou virus pas tout-à-fait évacué qui s’est réveillé !

Le petit-déjeuner m’a un peu réconciliée avec la vie, et le mari d’Ada m’ayant apporté un sachet fraicheur pour que je puisse, si je voulais, emporter un sandwich pour la route, je me suis préparé un sandwich gouda – oeuf dur: la perspective d’un pique-nique à Kinderdijk, au pied des moulins, me tentait bien, éventuellement agrémenté ensuite d’une petite soupe dans un établissement.

Après une petite papote avec Ada, je me suis mise en route vers 8h30, et il n’a pas tardé à se mettre à pleuvoir. Rien de grave, juste une petite pluie fine, mais l’occasion de bien râler sur le site de l’IRM, qui vous indique à 8h le temps qu’il fera entre 4h et 9h du matin (et prétend évidemment qu’il fera sec). Quel est l’imbécile qui croit qu’il y a une personne au monde qui consulte le site de l’IRM pour savoir quel temps il a fait au cours des heures écoulées ?

Après 9,5 km de route, je suis arrivée à mon premier embarcadère de la journée, celui qui permet de monter dans un bac qui vous emmène de l’autre côté (forcément), dans le Biesbosch. Seul petit hic : personne sur place, buvette fermée, automates permettant de prendre son ticket en panne… Gloups ! Aurais-je négligé un détail ? Vérification faite, le premier bac partait à 10h, ce qui me laissait une bonne demi-heure d’attente… La tenancière de la buvette, qui ne tarda pas à arriver, ne me rassura pas vraiment en disant que ce n’était vraiment pas normal qu’il n’y ait encore personne, et se mit en devoir d’aller téléphoniquement aux nouvelles. Sur ces entrefaites (et heureusement, j’avais pu m’installer à l’intérieur pour prendre un café en attendant, car même s’il ne pleuvait plus, l’air était quand même frisquet), le gaillard qui conduit le bac est arrivé. J’étais sa seule passagère. Il faut dire que le Biesbosch, comme le m’a expliqué la tenancière de la buvette, c’est un immense polder, il n’y a rigoureusement rien dessus, et donc rien non plus pour se mettre dessous en cas d’averse. Il faut donc être un peu inconscient, très optimiste ou Breton pour s’aventurer là quand la météo est capricieuse…

Cela dit, c’était superbe, et encore plus du fait que je savais que j’étais, sur cette étroite bande de terre de 7km environ, rigoureusement et absolument seule,. Ou plus exactement, qu’il n’y avait personne derrière moi à moins d’une-demi heure. Je sais, c’est bizarre, mais c’est logique : le débarcadère étant le seul endroit possible où accéder au Biesbosch par le Sud, et l’unique bac mettant un quart d’heure à faire la traversée, il lui fait une demi-heure pour amener les hypothétiques suivants ! Ajoutons à cela une magnifique piste cyclable, j’avais tout loisir de m’en mettre plein les mirettes, surtout des oiseaux, mais j’ai aussi vu un cerf (que j’ai photographié avec mon appareil, mais je ne sais pas si je vous ai déjà dit que je n’ai pas mon câble, donc…)

J’ai ensuite rejoint la civilisation (mais si peu…) et assez vite mon deuxième bac, qui, peu avant 11h et après 18km, m’a fait quitter le Brabant pour la Zuid-Holland. Ensuite, il y a encore eu plein de petits moutons adorables, des canaux, des ponts, mais aussi des portions plus pénibles, autour de Dordrecht, Papendrecht et Alblasserdam. Il faut dire que je fatiguais, ça me semblait interminable, cette arrivée à Kinderdijk, qui dans ma tête était tout près d’Alblasserdam. Mais bon, évidemment, mes souvenirs tous frais étaient automobiles…

Mais finalement, je n’ai pas regretté d’avoir choisi cet itinéraire, qui me faisait arriver à Kinderdijk par le Sud et donc aller à la rencontre de la foule… Foule bien absente aujourd’hui, puisqu’il s’est mis à tomber des cordes et que je n’ai donc croisé que quelques malheureux/courageux comme moi, à pied ou à vélo. Du coup, je n’ai pas pu faire le pique-nique que j’avais imaginé et le suis réfugiée, après un bon 37km ce matin, à la taverne De Klok pour un hamburger végétarien et un Radler sans alcool. Après avoir un peu rechigné, la serveuse a accepté que je laisse mon vélo à portée de vue sur sa terrasse – faut dire, qui aurait eu l’idée d’aller s’asseoir à cette terrasse par ce temps ?

Je me suis remise en route à 13h pour mon troisième bac du jour, celui qui permet de rejoindre Krimpel Aan De Lek. Là encore j’étais seule, mais une foule de touristes débarquaient par contre lorsque je suis montée dans le bac.

Ensuite, ce fut magnifique. Des kilomètres et des kilomètres (à vue de nez, pas loin de 20) dans des polders (ou dans un seul immense polder ?) avec des cygnes, des canards, des hérons, des vaches, des moutons, et d’autres oiseaux dont je ne connais pas le nom. Souvent, les oiseaux étaient accompagnés de poussins – évidemment adorables – et comme le ciel était toujours menaçant, la lumière était splendide. Mais le ciel ne menace pas en vain, et il s’est donc remis à pleuvoir, ce qui, évidemment, décourage un peu la flânerie. L’arrivée à mon hôtel (un Campanile) m’a semblé interminable, en plus je ne voyais ni n’entendais plus mon navigateur et je devais donc régulièrement m’arrêter, sortir mon gsm de sa housse protectrice, regarder ce que je devais faire ensuite, et repartir. Fastidieux !

Je savais que mon Campanile était un peu en-dehors du centre, mais là, j’ai vraiment l’impression d’être très loin de toute source possible de beauté, et toute proche par contre de tous les Jysk, Gamma et autres magasins de zonings industriels. On entend bien l’autoroute, aussi…

Je pourrais manger mon sandwich au fromage dans ma chambre, mais ça me semble un peu tristounet quand même. Reste l’option flemmarde (manger au resto du Campanile) et l’option courageuse (repartir vers le centre, puisqu’après tout je loge ici parce que je voulais revoir Gouda…).

Finalement, j’ai mangé mon sandwich dans ma chambre, puis j’ai pris l’option courageuse et la flemmarde ! Je suis d’abord allée à vélo faire un tour au centre-ville, j’ai admiré, fait des photos, mais comme j’avais oublié mon cadenas dans ma chambre, je n’ai pas osé abandonner mon vélo pour entrer dans un établissement et je suis donc rentrée à l’hôtel pour manger ! Petit vin blanc, soupe tomates et kaaskrokketten, que demander de mieux ? Et du coup, j’étais en pyjama qu’à 19h40, la prouesse !

J’ai oublié mon bilan de santé, dans tout ça… En gros, la journée s’est bien passée, je ne sentais presque plus rien, mais ce soir mon nez coule de nouveau en fontaine. Ça doit être un doux mélange d’allergie et d’infection quelconque.

Tout autre chose : la journée d’hier m’a fait arriver à la conclusion que j’avais peut-être trouvé la meilleure formule de voyage cycliste : on hésite toujours entre de longues étapes correspondant à ce qu’on peut faire en une journée « normale » (70-80 km) et des étapes plus courtes, réalisables même par vent fort de face, grosses pluies, crevaison, etc. mais qui font évidemment courir le risque d’être arrivés à l’étape à midi si tout se passe bien. La solution que j’ai testée hier est idéale (sauf en cas de crevaison) : l’itinéraire le plus court entre le départ et l’arrivée faisait une trentaine de kilomètres, ce qui m’a laissé tout loisir de l’allonger en voyant le matin qu’il allait faire raisonnablement beau.

Bon, là-dessus, je vais me coucher…

Vendredi 12 mai : Gouda – Assendelft (72 km)

J’ai bien dormi, et développé au passage un ingénieux dispositif anti-rhinite : un bouchon dans chaque narine, et hop, dodo ! Bon évidemment, on fait plus sexy, mais ça fonctionne ! Et lorsque je les ai enlevés vers minuit, la crise était passée. Au fond, c’est des boules Quies nasales.

Après un petit-déjeuner à 7h30, je me suis mise en route pour cette dernière journée sur mon vélo. J’en escomptais pas mal de belles surprises, et j’ai été bien déçue, en tout cas pendant les 26 premiers kilomètres, que j’ai fait par vent de face (si je n’ai pas parlé du vent précédemment, c’est qu’il n’y en avait pas, mais ce matin il s’était levé, et pas de chance : il soufflait du Nord !), le long d’un moche canal (oui, en général j’adore les canaux, même celui de Bruxelles, mais celui-ci était moche, et longé en outre par une nationale). Et puis j’ai quitté le canal, mais pas la nationale… Je suis arrivée à Alphen aan de Rijn, j’ai bien chipoté pour en sortir, et c’était reparti pour une piste cyclable le long de la nationale toute droite pendant des kilomètres ! J’aurais bien modifié mon itinéraire, mais vérification faite, ça aurait pas mal rallongé, et par vent de face, je n’étais pas très motivée.

Cela dit, n’exagérons rien: un moment donné, j’ai quand même vu un nid de cygnes. 

Et puis tout à coup, il y a eu un charmant petit pont, le Vroonlandsche brug, et c’est devenu beau ! J’ai retrouvé un canal, fait une petite pause à 10h40 devant le Grand café De Parel, qui n’ouvrait qu’à 11h et refusait que je m’asseye déjà avant, sous le prétexte fallacieux qu’alors tout le monde allait venir s’asseoir : faut pas charrier non plus, c’est vrai qu’il y avait des cyclotouristes, mais quand même…

Bref, ils avaient des bancs, j’avais du pain d’épice. Ça m’a suffit. J’avais fait 31km depuis ce matin, mon nez coulait, le  soleil restait timide.

Je me suis remise en route et j’ai roulé jusqu’à Hoofddorp. La route était de nouveau pas terrible, et j’approchais visiblement d’un aéroport, Schipol sans doute, car des avions ne cessaient de passer au-dessus de ma tête tout en descendant. L’arrivée à Hoofdorp était encourageante, avec de nouveau un joli petit canal et surtout, d’improbables constructions hyper modernes pour un lieu du nom de « Hoofddorp ». Moi j’y aurais plutôt vu des petites maisons typiques ou des fermes cossues, mais non… C’est aussi ça, les Pays-Bas !

J’ai un peu tournicoté dans Hoofddorp, bien décidée à manger là. J’avais arrêté Komoot pour économiser ma batterie (grave erreur), j’ai donc flâné du moulin au fort converti un établissement, puis à la Marktplein, où je me suis posée en terrasse chez Frenkie. Il était midi, et j’avais fait 44 km. Et, faut-il le souligner, je me sentais en pleine forme ! J’ai testé la gastronomie locale, avec des frites de patates douces accompagnées d’une sauce à la truffe et de parmesan

Ensuite je suis repartie, et c’est là que les choses de sont un peu gâtées, côté Komoot – car côté météo, il faisait enfin un grand soleil ! Cet imbécile (Komoot, pas le soleil) a, pour une raison incompréhensible, voulu me maire repartir dans l’autre sens, c’est-à-dire vers Malines… Et moi, comme j’avais arrêté la navigation en arrivant, j’ai cru qu’il me ramenait simplement au point où je l’avais arrêté. Que nenni ! C’est au moment que je me suis retrouvée le long du canal, avec les bâtiments hyper modernes à deux pas de la gare, que j’en ai eu le coeur net et que j’ai fait demi-tour. Et là, mine de rien, il a recommencé à me guider, dans le bon sens cette fois !

J’ai vu une église visiblement convertie en mosquée, sans pouvoir m’empêcher de me demander si on gagnait vraiment au change.

Et puis c’est devenu vraiment beau, les avions ont commencé à décoller au-dessus de moi au lieu d’atterrir, j’ai emprunté de belles pistes cyclables dans la campagne de la banlieue de Haarlem, et puis, après 61 km, une curiosité : une voiture « officielle », avec indiqué dessus « muskusrattenbeheer ». Personne dans la voiture, mais un peu plus loin, j’ai vu un type dans une barque, sur le tout petit canal que je longeais. Vérification faite, il s’agit apparemment de chasser des rats musqués, qui sinon prolifèrent, n’ayant pas de prédateur naturel, et risques d’endommager les digues et les berges.

Dans ce paysage champêtre, je suis arrivée à Spaarndam, absolument adorable apparemment, mais dans lequel je n’ai fait qu’une incursion de quelques mètres, histoire de me poser à la terrasse du bien-nommé De Toerist. Il était 14h, et outre qu’une petite pause et un bon radler n’a jamais fait de mal, je ne voulais (pouvais) pas arriver trop tôt, ayant annoncé à mon hôtesse Cynthia mon arrivée entre 15h30 et 16h30.

J’ai hésité à prendre encore une crêpe et un café, j’ai opté pour la sagesse et je suis repartie pour les derniers kilomètres qui me séparaient encore de Assendelft. J’ai pris l’unique bac du jour, et un peu avant 15h30, j’étais devant mon B&B, une adorable petite maison en bois vert, typique de la région. Et Cynthia arrivait dans la foulée. 

La suite ? Douche, café, écritures, et une grande impatience de partir à pied découvrir ce village charmant. Les autres hôtes arrivent à l’instant (je partage avec eux un petit salon), et ils viennent de Texel ! En voiture, eux, je crois…

Je fais donc une première grande balade jusqu’à l’église que j’aperçois de loin, et qui vue de près ressemble à une cathédrale tant elle est grande. Je reviens par les petites rues derrière, et mon impression se confirme : c’est très joli, plein de petits canaux surmontés de petits ponts blancs… mais mon estomac commence à crier famine, alors je m’installe à la terrasse de la Dorpstaveerne, il fait 22 degrés en cette fin de journée et je me commande un radler sans alcool et une broodplankje qui est censée être accompagnée de kruidenboter fait maison et de dippers. Je m’attends à du fromage, des olives, de l’houmous ou autres trucs du genre, mais en fait, outre le pain et le beurre, je reçois juste un petit pot de mayonnaise ! Comme dernier repas au resto de mon voyage, on peut faire mieux, mais tant pis.

Je repars ensuite me promener, car lors de ma première promenade, j’ai voulu accéder à un petit canal longe de jardins, mais les gens que j’ai croisés m’ont dit que c’était privé et accessible aux seuls propriétaires des jardins. Mais la dame m’a très gentiment indiqué qu’un peu plus loin je pourrais trouver quelque chose d’y même genre, et public. Le hic, c’est que je n’ai pas compris le mot clé de son explication, ça ressemblait à « chisque »…

Bref, j’ai écumé le plan du village pour tenter de repérer ce dont elle parlait, mais sans succès. Par contre j’ai découvert que non loin de là coulait la Delft, qui est donc une rivière, et c’est donc par là que j’ai fait ma deuxième promenade vespérale !

De retour à la maison, j’ai rentré mon vélo dans ma petite chambre, pas très rassurée de le laisser dehors et même pas sous abri.

Samedi 13 mai : Assendelft – Zaandam – Amsterdam (33 km)

Je suis debout à 7h, après une très bonne nuit, où seul mon genou gauche m’a un peu ennuyée, ce qui démontre au passage que ce n’est pas le vélo, mais la marche qu’il n’aime pas.

Je patiente gentiment dans ma chambre jusqu’à 7h45, Cynthia m’ayant demandé si le petit-déjeuner ne pouvait pas être à 8h plutôt que 7h30, mais finalement je n’y tiens plus et en effet, tout est prêt, sauf les croissants qu’elle propose gentiment d’aller acheter à 8h, une fois que la boulangerie est ouverte. Mais moi, stoïque et ayant déjà englouti un yaourt au muesli et deux petits pains aux granulés de chocolat, je refuse.

Je me mets donc en route à 8h20, toujours hésitante sur le programme : Nicole m’a recommandé un moulin très spécial à Zaandam, ça me tente évidemment mais il est très excentré par rapport à mon itinéraire. D’un autre côté il est encore très tôt, et je peux prendre le train de 11h28 si je n’ai pas celui de 10h28…

Tout au long des 8 premiers kilomètres, je joue avec l’idée, sans vraiment me décider. il fait beau, j’ai le temps, la campagne est belle… et finalement, c’est une erreur d’aiguillage qui me fait me décider : m’étant trompée de chemin à un carrefour, je décide de ne pas faire demi tour et d’aller voir ce fameux moulin, qui est quand même à près de 5km de là à en croire Google Maps, que j’active pour cette portion de trajet.

Je longe une voie de chemin de fer pendant plusieurs kilomètres, je passe sous un bâtiment très spécial, qui s’avère être la gare centrale de Zandam, inspirée de l’architecture traditionnelle de la région du Zaan. à deux pas de là se trouve l’hôtel Inntel, composé de façades typiques qui se chevauchent sur 40m de haut. Malheureusement, je l’apprends trop tard pour faire le petit crochet.

Finalement, je bifurque à droite, fais quelques centaines de mètres et vois un moulin turquoise tout à fait charmant sur la droite. Serait-ce le fameux moulin de Zaandam ? Mon gps a l’air de dire que c’est plus loin, alors je suis ses instructions : je passe sur un grand pont qui surplombe la Zaan, et là, soudain sur ma gauche, ce n’est pas un, mais cinq, six, sept, huit moulins ! Et d’ailleurs aussi pas mal de Japonais… 

C’est absolument charmant, mais visiblement aussi touristique que Kinderdijk. En fait c’est le village de Zaanse Schans, mais je ne découvrirai que dans le train de retour. Et c’est un petit village typique, hyper touristique comme de juste, dont certains des moulins (encore en activité d’ailleurs) viennent en fait d’ailleurs : entre 1961 et 1974, de nombreux bâtiments des villes et villages voisins, dont des moulins, ont été démontés, reconstruits et restaurés à Zaanse Schans : la région était aux 18è et 19è siècle une importante zone industrielle dont les moulins produisaient de l’huile de lin, de la moutarde, du papier, du tabac ou encore de la peinture, et Zaanse Schans est le fruit de la volonté de conserver une trace de ce passé industriel ainsi que du patrimoine traditionnel néerlandais, tout en attirant les touristes, évidemment ! 

Bref, c’est à la fois très mignon et atroce, et encore : il est à peine 9h15, en ce samedi matin, et il y a déjà un type avec un fanion brandi qui draine sa cohorte de touristes… 

Heureusement, il y a un chemin piéton (déjà bien plein) et une piste cyclable juste à côté, où il y a en fait plus de touristes piétons qui n’ont pas compris le concept que de cyclistes, mais qui reste tout-à-fait praticable pour peu d’actionner de temps en temps rageusement sa sonnette… 

Je longe donc l’enchaînement de moulins, puis je décide de jouer la prudence et de faire demi tour pour retrouver mon itinéraire Komoot. Et c’est comme ça qu’à 10h, après 25km, je monte dans le dernier bac de ce périple, qui me mène de Zaandam à Amsterdam.

Je suis à la gare à 10h48, après avoir fait 33km. Et il est absolument certain que si j’avais eu une idée précise de l’endroit où ce trouvaient ces moulins, j’aurais pu faire vachement plus court ! Mais qu’importe ? Ce qui compte, c’est le chemin, non ?

L’entrée à Amsterdam est un enchantement, comme chaque fois d’ailleurs que j’y passe. Le problème étant que ces 30 dernières années, je n’ai jamais fait qu’y passer, et même la fuir, comme en 2012, lorsque j’ai fait mon précédent Malines – Amsterdam (par un tout autre itinéraire) : la circulation cycliste m’avait épouvantée, après mes quatre jours de calme et de silence, et je m’étais empressée de m’éloigner du centre. Une chose est sûre : il ne faut pas venir à Amsterdam à vélo ! Mais j’aimerais vraiment y revenir un jour ! On y sent déjà la mer, et les constructions modernes le long de l’eau me font maintenant irrésistiblement penser à Aarhus… en moins bien évidement, mais à peine !

Mais ce voyage-ci est terminé. Il ne me reste qu’à monter dans le train de 11h48, qui me fait repasser en quelques heures à Breda, puis à Malines…

Et j’aurai encore certainement quelques petites choses à écrire, tout bientôt, en guise d’épilogue. 

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