Il y a eu un gros orage à 2h du matin, je me suis à nouveau réveillée à 4h40 (et cette fois j’ai fait bien attention : il pleuvait et les oiseaux chantaient), mais nos voisins d’étage ont été exemplaires (il faut dire que Philipp avait fait ses doléances à la dame de l’accueil, qui les avait répercutées à nos lascars) et j’ai l’impression d’avoir mieux dormi.
Le temps s’annonce pluvieux et plus frais, mais après la chaleur qu’on vient d’avoir, ça nous ferait plutôt plaisir.
On déjeune à 7h30, heure annoncée la veille. La journée d’hier a été éprouvante, sans doute aussi en partie parce qu’on est partis plus tard que d’habitude, et je connais peu de choses plus déprimantes que de n’avoir fait que 16 km à 11h30 ! On est donc bien décidés à partir tôt ce matin.
La dame qui nous accueille au petit-déjeuner a un sens de l’accueil très personnel, puisqu’elle met un bon quart d’heure à se dégeler, commençant par nous tourner autour d’un air inquisiteur, ses questions donnant l’impression qu’elle cherche à nous aider, mais son attitude dénotant plutôt d’une méfiance hostile. À notre départ, par contre, elle était charmante, et nous a même informés que nous étions le 1er juillet. Aucun intérêt, je sais, mais c’est dire à quel point elle était soudain devenue loquace !


On part peu avant 9h sous la pluie en direction de l’Elbe, que nous allons à nouveau suivre aujourd’hui jusqu’à la mer du Nord, qui est en somme le fil conducteur de ce voyage. Au bout d’une quinzaine de kilomètres, nous rejoignons donc l’Elbe et sa quantité invraisemblable de moutons, de barrières et de crottes. On a le vent de face et il pleut, mais on se demande si à tout prendre, ce n’est pas mieux que la canicule d’hier…


On fait une première petite pause après 25km à Glückstadt. C’est ravissant, une sorte de petit Honfleur allemand, mais on ne s’attarde pas plus que le temps de quelques photos – et d’un pipi pour moi.


Ensuite, c’est à nouveau le vent, les barrières, les moutons et les crottes. La pluie et les flaques aussi, mes sandales font donc leur baptême lorsque, pour franchir une barrière, il devient inévitable de marcher dans l’eau. Tant pis, ça sèchera…
Avancer contre le vent est pénible (il souffle à près de 20 km/h quand même), je m’arrêterais bien pour manger (parce que oui, Obélix a faim !) dans un petit village dont on aperçoit le clocher de l’église, très joli au demeurant, mais il n’est même pas midi, et on n’a même pas fait 40km… On continue donc, mais non sans que je termine mon (petit) stock de noix de cajou, déterminés à s’arrêter à la ville suivante, du nom de Brunsbüttel, qui a l’air tout sauf attirante de loin, mais a l’insigne qualité d’être suffisamment grande pour qu’on y trouve certainement à manger, ainsi qu’un magasin où me refaire un stock de petites choses à grignoter en cas de petit creux subit.




Brunsbüttel, c’est une centrale nucléaire, une quantité invraisemblable de pylônes électriques, des industries, bref un truc assez hideux. Mais ô surprise, à l’approche du centre, on réalise que pour l’atteindre, il nous faudra prendre un bac, car le centre est de l’autre côté du Nord-Ostsee-Kanal. Il est 12h30, on a fait plus de 51 km, et sitôt le pied posé sur l’autre rive, on se jette donc sur la rue principale et sa Pizza Factory, où on met un temps bête à être servis, la serveuse ayant oublié d’encoder notre commande, et où on évite soigneusement la pizza, puisque c’est ce qu’on mangera probablement ce soir. Mais on mange bien : pour moi un plat de légumes tomatés recouverts de fromage et passés au four, pour Philipp une soupe à l’oignon et du camembert pané. Ensuite, je vais faire mes petites courses au supermarché juste à côté : noix de cajou, figues séchées et biscuits au chocolat. J’ai failli acheter une provision de chocolat pour les petits déjeuner, puis j’ai craint qu’il fonde à la chaleur si les températures remontent. J’espère ne pas le regretter : je dois dire que je crains un peu les petits-déjeuners danois… Détail amusant : je découvre qu’il y a des pays où les gens au creux des lits font des rêves – ah non, c’est pas ça…- des pays donc où aux caisses des supermarchés, il y a des feux de signalisation !





On se remet en route à 14h35, mais plutôt que de poursuivre directement vers notre logement du soir, on va d’abord jeter un oeil à l’Elbe, puisque Philipp veut absolument voir si on voit Cuxhaven. (Ben non, on le voit pas, il fait beaucoup trop gris et couvert pour ça, là, t’es content ? Je te l’avais bien dit, et puis de toute manière on s’en fout : on a vu Cuxhaven, on y était il y a trois jours !)
Enfin, au moins il y a des moutons, et ça, c’est toujours chouette. Je ne me lasse pas de les observer, en fait : il y a les solitaires qui nous tournent le dos au beau milieu de la piste cyclable en mâchouillant tranquillement un brin d’herbe, il y a ceux qui restent immobiles par grappes de douze, il y a les couples maman-bébé ou deux copines ou que sais-je, et puis ceux qui gambadent par deux ou trois en sautillant…





Bref, on fait nos adieux à l’Elbe, et on met le cap sur Barlt. Il a cessé de pleuvoir depuis un peu avant la pause de midi, mais le vent souffle toujours aussi fort, et si on l’a parfois dans le dos, ce n’est jamais pour très longtemps. On reste pourtant vaillants pour parcourir les derniers 26 km de la journée, et on arrive enfin à Barlt à 16h20 sous un timide soleil.
De Olle Uhlhoff (c’est le nom de notre logement) est en fait une énorme ferme au toit de chaume. Nous trouvons les propriétaires à l’arrière du bâtiment, occupés à faire rentrer deux cochons dans leur enclos ! Il y a aussi des poules et des chevaux, et peut-être encore d’autres animaux, je ne sais pas. La dame nous montre notre appartement, adorable, kitchenette et petit salon au rez-de-chaussée, et chambre et salle-de-bain à l’étage, avec même un petit jardin privé où je m’installe, sitôt douchée, pour écrire ceci.




Le soir, on va manger au restaurant Harmonie, à quelques centaines de mètres, où on a réservé ce matin, histoire de ne pas avoir de mauvaise surprise, car Barlt n’est pas vraiment ce qu’on peut appeler une destination animée. Quelques maisons, des champs et un moulin, c’est tout. Mais on mange bien, seuls d’ailleurs puisque les deux autres tablées sont parties alors qu’on venait d’arriver : on mange tôt ici, nous confirme la serveuse : 18h, c’est une bonne heure, et d’ailleurs la cuisine ferme à 20h30. Nous, en arrivant à 19h, on fait tout de suite noctambules méridionaux !


Après le repas, on va encore jeter un oeil à Ursula – c’est le nom du moulin – puis on regagne nos pénates. Demain, on a la ferme intention de partir tôt pour arriver tôt, après avoir acheté de quoi manger dans notre « chez nous » du jour, les restaurants les plus proches étant à une dizaine de kilomètres.




